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Les animaux entre ciel et terres sauvages

Un percnoptère reprend son envol au Pays-Basque


Lundi 6 Août 2012


Le 24 mai denier, Hegalaldia recueillait un vautour percnoptère dans une prairie de Louhossoa. L'oiseau avait été blessé par une arme. Tir illégal puisque l'espèce est protégée. Soigné par le centre de sauvegarde de la faune sauvage, l'oiseau a été relâché samedi sur la base de loisirs du Baigura.




Enfants et parents on pu admirer ce vautour percnoptère  au masque d'or ©V.B
Enfants et parents on pu admirer ce vautour percnoptère au masque d'or ©V.B
A peine les parapentistes ont-ils replié leur voile, l’oiseau déploie ses ailes. Vol majestueux d’un percnoptère qui recouvre la liberté. L’assistance retient son souffle. Quelques battements et deux minutes plus tard, l’animal a disparu dans un bosquet.

Le vautour devrait être en ciel connu. Deux mois plus tôt, le 24 mai en fait, il était à terre, blessé. Deux salariés d’Hegalaldia le découvraient dans une prairie de Louhossoa. Une commune voisine de la base de loisirs du Baigura (Mendionde) d’où il vient d’être relâché.

Le baguage du vautour donnera de précieuses informations sur cette espèce migratrice ©V.B.
Le baguage du vautour donnera de précieuses informations sur cette espèce migratrice ©V.B.
Ramené au centre de sauvegarde de la faune sauvage, le diagnostic tomba : le vautour avait été victime d’un tir illégal : son espèce est protégée. Le jour suivant, un vétérinaire bénévole du centre l’opérait pour retirer le plomb. Et le praticien lui posa une broche sur le fémur gauche. Les os allaient pouvoir ainsi se ressouder.

Chaque jour, le percnoptère a recouvert un peu plus de vigueur. Le temps de sa convalescence et de sa rééducation achevé, l’équipe d’Hegalaldia peut enfin le relâcher. L’évènement est fixé au samedi 3 août, à 11 heures.

Des enfants et leurs parents ont bien été au rendez-vous. « Nous allons d’abord procéder au baguage de l’oiseau » leur explique Stephan Maury d’Hegalaldia qui ouvre doucement la cage de transport posée sur l’herbe. L’homme se saisit délicatement du vautour. Il le pose sur une couverture et le couvre d’une serviette. Histoire d’éviter à l’oiseau trop de stress. A ses côtés, Erick Kobierzycki, membre de la LPO Pyrénées Vivantes.

C’est ce spécialiste du vautour percnoptère qui procèdera au baguage de l’oiseau. Son identification facilitera son suivi par les réseaux ornithologiques et apportera de précieuses informations sur son espèce migratrice. Bagué aux pattes, l’oiseau au masque jaune bouton d’or reprend le vol de sa vie une minute plus tard.

Erik Kobierzycki de la LPO Pyrénées Vivantes, aux côtés de l'équipe d'Hegalaldia, vient de poser une bague sur le vautour ©V.B.
Erik Kobierzycki de la LPO Pyrénées Vivantes, aux côtés de l'équipe d'Hegalaldia, vient de poser une bague sur le vautour ©V.B.
« Hegalaldia, la LPO Pyrénées Vivantes et la Fédération des chasseurs des Pyrénées-Atlantiques ont décidé de porter plainte pour tentative de destruction d’espèce protégée » reprend Stephan Maury après que tous les regards ont quitté les arbres où l’oiseau a fait escale.

A l’instar des autres rapaces, les percnoptères ne sont pas à l’abri d’accident, parfois d’actes malveillants. La plupart du temps, ils sont victimes d’empoisonnement. « Les centres de soins qui les recueillent ne reçoivent aucune aide financière pour les soigner. Les plans nationaux de sauvegarde ne prévoient pas de lignes budgétaires pour ce faire. »

Le percnoptère est considéré comme une espèce en danger sur la Liste rouge des espèces menacées. Inscrit à l’annexe I de la directive Oiseaux , il est confrontée à de nombreuses menaces : tirs, braconnage, collisions avec des lignes électriques, empoisonnement alors que son organisme accumule des produits toxiques dans les charognes, des dérangements pendant la période de reproduction, déclin du pastoralisme... En France, le percnoptère bénéficie d’un plan national de restauration sur l’ensemble de son aire de répartition depuis 2002. Un nouveau plan est en préparation pour 2013.

Dans une minute, les mains de Stephan Maury ouvriront la voie de la liberté au percnoptère ©V.B.
Dans une minute, les mains de Stephan Maury ouvriront la voie de la liberté au percnoptère ©V.B.
Le percnoptère est une espèce migratrice. Il passe l’hiver en Afrique. A l’approche du printemps, il entame sa migration vers le Nord. De nombreux individus (1400 couples) s’arrêteront sur la péninsule Ibérique. D’autres iront plus haut et s’installeront en France. Les Pyrénées abritent soixante-dix couples de percnoptères. Vingt autres couples nidifient dans le sud-est de la France.

Le percnoptère rejoint toujours son conjoint sur leur site de reproduction. Toujours le même d’une année sur l’autre. Dans la même vallée, le couple peut avoir plusieurs nids qu’il occupera un été ou un autre, explique Erik Kobierzycki. Il a un ou deux jeunes dont s’occuperont la mère comme le père. L’incubation des œufs dure environ 42 jours ; l’élevage des jeunes oiseaux 70 jours.


Les percnoptères quitteront le Pays Basque d'ici la fin de l'été ©V.B.
Les percnoptères quitteront le Pays Basque d'ici la fin de l'été ©V.B.
« En août ou en septembre, ces derniers quittent le nid. Les percnoptères sont des charognards : ils passent après les vautours fauves et s’alimentent de ce que ces derniers laissent. Ils peuvent être coprophages... et je vous assure que lorsque je bague les jeunes dans les nids, ça se sent ! Aussi lorsque les jeunes ont quitté leurs parents, Ils n’ont plus besoin d’eux pour se nourrir. La plupart des jeunes se retrouvent sur un même dortoir. »

Bien sûr, il y a toujours des exceptions. Et le spécialiste de cette espèce de raconter une anecdote : « Le 15 juillet, on a bagué un jeune dans son nid. Deux jours plus tard, on le retrouvait à cent kilomètres de là. Dans le nid d’un autre couple. Pour y être nourri ! »

C’est à la fin de l’été que parents et jeunes reprendront le chemin de l’Afrique. Individuellement. A l’instar, on l’espère, du percnoptère relâché ce samedi.

Virginie Bhat


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