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Les animaux entre ciel et terres sauvages

Rhinocéros : le trafic se durcit


Vendredi 11 Janvier 2013


Vingt-sept kilos de cornes saisis en Thaïlande et au Vietnam, 668 animaux abattus par les trafiquants en Afrique du Sud l'an dernier... Les rhinocéros africains subissent une recrudescence du braconnage ces dernières années. La Cites tire la sonnette d'alarme avant la 16e Session des parties qui se déroulera en mars prochain. Premier zoom sur ce trafic.




Les cornes de rhinocéros font l'objet d'un âpre marché noir
Les cornes de rhinocéros font l'objet d'un âpre marché noir
Plus de 27 kilos de cornes de rhinocéros, d'une valeur de plus d'un million d'euros, ont été saisis dimanche dernier en Thaïlande et au Vietnam, alors que le braconnage de ces mammifères est en forte augmentation en Afrique pour alimenter le marché asiatique. En Thaïlande, les autorités ont arrêté un homme à l'aéroport de Bangkok avec six morceaux de corne. Voilà qui représente un poids de 10,6 kg et une valeur d'environ 450 000 euros.

Dans les deux cas, les cornes proviendraient du Mozambique. Les cornes de rhinocéros suscitent de grandes convoitises en Asie. Elles sont utilisées en médecine traditionnelle ; après préparation, elles lutteraient entres autres contre la fièvre et les maladies cardiovasculaires. Des allégations que l’organisation Traffic a été chargée depuis l’an dernier de vérifier par la Cites, Convention du commerce international des espèces de faune et de flore menacées d’extinction (1).

L'Afrique du sud a perdu 668 rhinocéros abattus par des braconniers

Mais la médecine traditionnelle n'est plus le seul débouché du trafic. En effet, selon le rapport du secrétariat de la Cites sur le rhinocéros en vue de la 16e session des parties en mars prochain, d’autres croyances aujourd’hui entrent en jeu qui accroît la demande. Côté vertus médicinales, selon les dernières tendances à la mode, la corne guérirait le cancer, soignerait la gueule de bois... Côté snobisme, en posséder une voire plusieurs poserait son homme : elle symbolise le statut social de personnes riches et influentes. Enfin, dernier facteur, spéculatif celui-ci : certains stockeraient en catimini des cornes en pariant sur l’extinction prochaine de l’espèce !

Or pour alimenter leurs marchés, les responsables font appel au trafic. Car les rhinocéros appartiennent à une espèce protégée ; leur commerce, mort ou vivant, est interdit ou règlementée sous l’égide de la Cites ou encore appelée Convention de Washington. Il existe cinq espèces de rhinocéros, toutes inscrites aux annexes de la Cites. Les espèces de Java, de Sumatra et de l’Inde vivent en Asie et sont inscrites à l’Annexe I (commerce interdit). L’Afrique quant à elle abrite des rhinocéros blancs et noirs dont certaines populations ont repris de la vigueur ces dernières années. Ainsi en Afrique du sud le rhinocéros blanc au vu de ses effectifs est classé en annexe II. Le pays peut, comme d’autres, autoriser, quotas à la clef, des chasses au trophée qui amènent quelques devises. Pour autant le braconnage met en péril ce redressement.

Le Mozambique serait devenu une tête de pont de ce commerce souterrain d’Afrique en Asie. Le pays est à la croisée des chemins, face à l’océan Indien. Il possède deux voisins où les rhinocéros sont nombreux, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. Or justement depuis quelques années, le paysage du braconnage a changé en Afrique. Selon la Cites, le crime a abandonné l’Afrique orientale pour se focaliser sur l’Afrique australe. La Cites remarque que, depuis 2006, 94% des rhinocéros retrouvés morts en Afrique du fait du braconnage vivaient en Afrique du sud et au Zimbabwe. « Ces deux pays constituent collectivement l’épicentre d’une crise permanente du braconnage en Afrique Australe.  »

En Afrique du Sud, le braconnage a explosé en quelques années. En 2007, les autorités regrettaient l’abattage de 13 rhinocéros blancs ou noirs, 83 en 2008... 668 l’an dernier selon les derniers chiffres livrés par le gouvernement sud-africain. Il est vrai que le pays est un eldorado pour les braconniers car il accueille près des trois-quarts des populations de rhinocéros africains. Le continent compte 20 000 rhinocéros blancs et 4800 noirs en voie de disparition.

Les cornes sont aux mains du crime organisé

La lutte contre le braconnage s’organise. Les forces de l’ordre renforcent leur surveillance. En Afrique du sud, l’armée a même été envoyée au parc national Kruger submergé par les braconniers - 60% des rhinocéros abattus en Afrique du sud vivaient dans ce parc. Et les arrestations se multiplient : 165 en 2010 à 267 en 2012. Mais les criminels arrêtés ne sont pas les gros bonnets qui trouvent vite de nouveaux mercenaires pour les remplacer.

Les pays qui perdent leurs rhinocéros sont confrontés à un trafic structuré. Selon la Cites, « il existe des preuves très claires que des groupes de la criminalité organisée sont impliqués dans le braconnage du rhinocéros et le commerce illégal de cornes de rhinocéros. » Et l’organisation de rappeler les vols que les musées, les maisons de ventes aux enchères ou les collectionneurs privés ont connu ces dernières années. Même en France.

« Le commerce illégal de cornes de rhinocéros est donc devenu un problème majeur et il a des incidences sur plusieurs continents. Une coopération internationale accrue et des mesures d’application de la législation bien coordonnées sont nécessaires pour faire face efficacement à cette menace » rappelle le secrétariat de la Convention dans son rapport sur le rhinocéros.


(1) La Cites réglemente le commerce international de près de 35 000 espèces de plantes et d’animaux, y compris leurs produits et dérivés. Le système de permis Cites a pour but de s’assurer que le commerce international des espèces inscrites sur les listes Cites est durable, licite et traçable.


Virginie Bhat


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