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Requins : l'Union européenne signe la fin du carnage


Samedi 24 Novembre 2012


Depuis 2003, l'Union européenne avait interdit que les requins soient dépouillés vivants de leurs ailerons et rejetés ensuite en mer. Une pratique qui les vouait à une mort lente dans les eaux. Seulement, cette interdiction s'accompagnait de dérogations qui pouvaient laisser porte ouverte à la poursuite de cette pratique. Dès l'année prochaine, ces dérogations seront supprimées.




Au port de Las Palmas aux Canaries, des dizaines d'ailerons vont débarquer ©Oceana Lx
Au port de Las Palmas aux Canaries, des dizaines d'ailerons vont débarquer ©Oceana Lx
Une soupe aux ailerons de requins ? C’est un mets de la gastronomie asiatique que de nombreux restaurants proposent à leur carte. La soupe se révèle peut-être bonne. Mais elle peut laisser un goût amer et cruel à qui connaît la façon dont les ailerons de requins sont souvent récupérés. La technique est mieux connue sous le nom anglais de finning. Le requin une fois pêché, les hommes à bord du navire tranchent dans le vif les ailerons et rejettent la carcasse par-dessus bord. Le requin est toujours vivant. Il va mourir à petit feu : il se vide de son sang.

L'Union européenne a prévu des dérogations

L’union européenne a interdit cette pratique en 2003. Pour autant elle a permis des dérogations. Les navires qui en feraient la demande pourraient découper les ailerons à bord s’ils conservaient les corps. Leur capacité d'utiliser toutes les parties des requins devait être attestée. Des permis ont été délivrés. Ce sont l’Espagne et le Portugal qui en ont été les plus friands. Bien sûr, l’UE a mis en place un système de contrôle vis à vis des ces pêcheries. Mais les contrôles ont été difficiles à réaliser : les pêcheurs pouvaient débarquer ailerons et carcasses dans des ports différents. Difficile alors pour les agents de surveillance de contrôler efficacement l’adéquation entre nombre d’ailerons et nombre de corps ! Une porte ouverte à la poursuite d’un finning illégal.

Même si aucun navire de pêche européen n’a été pris la main dans le sac, le soupçon est resté. Alors l’Union européenne a sans doute joué le principe de précaution. Aussi en 2006, le Parlement européen demande que les dérogations soient supprimées de la législation européenne. Cinq ans plus tard, fin 2011, la Commission européenne publie une proposition qui interdit l’enlèvement des ailerons à bord des navires : les requins devront être débarqués à quai leurs ailerons attachés naturellement. Après le Conseil en mars 2012, le Parlement européen, réuni en session plénière, a voté le 22 novembre en faveur de cette proposition. Prochaine étape : le Conseil européen réexaminera le texte. Le texte final pourrait être publié dès le premier trimestre 2012 au Journal officiel et applicable sept jours plus tard.

En 2009, 481 868 tonnes de requins débarquent officiellement dans les ports du monde entier

« Aujourd’hui, le Parlement européen a adopté une interdiction complète du finning de requin, tournant ainsi une page importante de l’histoire européenne de la conservation des requins, et garantissant que la pratique du finning n’aura plus lieu dans l’Union européenne », s’est exprimé Xavier Pastor, directeur exécutif d’Oceana en Europe. « L’UE a enfin accepté les responsabilités qui lui incombent en tant qu’acteur mondial majeur pour la pêche au requin et pour l’exportation des ailerons. Elle peut désormais avancer la tête haute dans les forums internationaux pour continuer la lutte pour l’élimination du finning au niveau international et promouvoir les autres mesures de gestion nécessaires à la conservation des requins.

L’Union européenne est un poids lourd dans la pêche aux requins. En 2009 par exemple elle a représenté 17% des captures mondiales. Soit 82 414 tonnes (1) sur 481 868 tonnes. Ses bateaux pêchent ces espèces partout. Aussi bien en mer Méditerranée que dans l’océan Indien. A l’échelle mondiale, le premier pays est l’Inde (79 193 tonnes), l’Indonésie (79 193 tonnes) et l’Espagne (50 319 tonnes).

Certaines espèces de requins sont menacées car trop pêchées

Or ces deux dernières décennies, la communauté internationale n’a cessé de lancer un cri d’alarme : certaines populations de requins sont menacées. On en pêche trop alors que leurs caractéristiques biologiques ne permettent pas aux populations de se reconstituer assez vite. Ces poissons ont une longévité élevée, une maturité sexuelle tardive, une longue période de gestation et de un faible taux de fécondité. Conséquences inéluctables : selon une étude menée par l'Union internationale pour la conservation de la nature (Uicn), un tiers des espèces de requins capturées dans les eaux européennes pourraient être menacées en raison de la pression de pêche excessive à laquelle elles sont soumises.

En 1999, la FOA avait déjà adopté un code de conduite pour une pêche responsable qui préconisait le débarquement des requins entiers. Dix ans plus tard, en 2009, l’UE publiait un plan d’action pour la conservation et la gestion des requins.


(1) Statistiques de la FAO en 2009 des captures déclarées de requins.

Virginie Bhat


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