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Qumaria jette les guillemots de Troïl sur les plages Atlantique


Dimanche 9 Février 2014


Après Petra, Qumaria. La tempête qui balaie le golfe de Gascogne épuise un peu plus les oiseaux du grand large. Ils s'échouent sur les plages basques et surtout landaises. Hegalaldia sonne le tocsin.




L'équipe de Hegalaldia réhydrate les guillemots de Troïl à l'aide d'une sonde ©.V. ©V.B.
L'équipe de Hegalaldia réhydrate les guillemots de Troïl à l'aide d'une sonde ©.V. ©V.B.
Ciryl fait la grimace. Dans ses mains, le corps recouvert d'une couverture, un petit pingouin Torda. Il a la peau sur les eaux, murmure le soigneur. Et la balance sur laquelle il place avec douceur l'oiseau est sans appel : 400 grammes. A peine la moitié de son poids. Il devrait peser entour de 800 grammes reprend-il.

Dans la pièce surchauffée, les bénévoles sont sur les dents. Après un guillemot de Tröl ramassé par une jeune femme sur un épi d'une des plages d'Anglet, voilà trois autres oiseaux à soigner. C'est à Tarnos que ces derniers ont été secourus. « Nous avons vu aussi des oiseaux morts sur la plage » témoigne le jeune homme qui les a acheminés au centre de soins pour la faune sauvage d'Ustaritz, Hegalaldia.

La tempête Qumaria jette les pingouins Torda et les guillemots de Trol sur les plages Atlantique

Ciryl s'inquiète : le pingouin Torda qu'il tient est un poids plume ©V.B.
Ciryl s'inquiète : le pingouin Torda qu'il tient est un poids plume ©V.B.
Ce matin, Hegalaldia a lancé un cri d'alerte : les oiseaux du large s'échouent à nouveau sur les plages Atlantique. Sur la côte basque, les Landes et en Gironde. Des guillemots de Troïl, des macareux et des pingouins Torda, des espèces pélagiques protégées qui viennent s'y réfugier en hiver dans le golfe de Gascogne. « Sur le Goulf de Capbreton, précise Stephan Maury. Un courant d'eau froide y remonte, très riche en nutri-éléments qui favorise toute la chaine alimentaire marine : planctons, poissons et donc oiseaux. » Ces oiseaux y passent donc leur temps au large. Ils s'y nourrissent. Ils y dorment. Sans toucher la terre ferme. Jusqu'à ce que l'heure de la reproduction sonne. Ils remontent alors vers leurs colonies où ils s'accoupleront et élèveront leurs petits.

Mais depuis décembre, ces oiseaux subissent les tempêtes. Et au fil des coups de vent et des houles monstrueuses, ils s'épuisent. Déshydratés, affamés, en hypothermie, ils viennent s'échouer sur les plages de la façade Atlantique. Ces quinze derniers jours, Hegalaldia avait recueilli près d'une centaine d'oiseaux poussés du large par Petra. Et lorsqu'en fin de semaine dernière, cette tempête avait quitté les lieux, l'équipe avait poussé un soupir de soulagement. Mais voilà qu'une nouvelle tempête débarque sur le golfe. Qumaria, tel est son nom. A nouveau des vents violents. A nouveau une forte houle. Et les oiseaux du grand large y perdent leurs plumes.

La première urgence est que les oiseaux se réchauffent

Première urgence : les oiseaux doivent se réchauffer ©V.B.
Première urgence : les oiseaux doivent se réchauffer ©V.B.
Depuis vingt-quatre heures, le centre est assailli par les appels téléphoniques. De la côte basque mais surtout des Landes où les guillemots de Troïl, les macareux et les pingouins Torda dans une moindre mesure débarquent en piteux état. Quand ils ne sont pas déjà morts.

Alors une chaîne de solidarité humaine s'est formée. Des bénévoles parcourent les plages. Ils recherchent parmi les débris, bois et plastiques, les oiseaux exténués et jetés par les vagues qui déferlent sur le sable. « Suivant les lieux où ces oiseaux ont été retrouvés, nous les dirigeons vers notre centre ou le centre landais Alca Torda ou ailleurs, explique Stephan Maury. Ce soir, nous attendons de nombreux oiseaux ! »

Dans la pièce où les premiers soins leur sont apportés, les soigneurs bénévoles pèsent les oiseaux, puis prennent leur température. Une température qui doit osciller autour de 40°C. La plupart sont bien au-dessous. « L'urgence est qu'ils récupèrent les degrés qui leur manquent, poursuit Cyrill. Et qu'ils se réhydratent. » Placés dans des espèces de berceau, le fond tapissé de serviettes et de bouillottes, les oiseaux vont d'abord récupérer leur chaleur corporelle. Et c'est par sonde que les bénévoles les hydrateront d'une eau nutritive.

La Bretagne accueille des oiseaux mazoutés

Une tâche d'hydrocarbures suffit à mettre à mal les oiseaux marins. Au Pays Basque ce n'est pas le gazoil du Luno qui a souillé les guillemots recueillis par Hegalaldia©V.B.
Une tâche d'hydrocarbures suffit à mettre à mal les oiseaux marins. Au Pays Basque ce n'est pas le gazoil du Luno qui a souillé les guillemots recueillis par Hegalaldia©V.B.
« Recouvrez bien les bacs de serviettes, remarque Stephan. Moins ils nous voient, moins ils auront de stress. Certains oiseaux sont souillés par des hydrocarbures... Une petite tâche suffit pour que leurs plumes perdent leur imperméabilité. Nous les séparons des autres pour qu'ils ne se contaminent pas.  »

Et paradoxalement ce ne sont pas les quelque 20 tonnes d'hydrocarbures rejetés par le Luno qui les ont souillés. Les guillemots et des pingouins rejetés par la houle aujourd'hui viennent de bien plus loin ! Un dégazage d'un navire qui a profité de la tempête pour nettoyer ses cuves ?«  Les centres bretons sont assaillis d'appels pour des oiseaux mazoutés » relève Stephan.

Les rafales de vent redoublent d'intensité en cette fin d'après-midi. Et la forte houle pourrait de nouveau pousser des oiseaux exténués hors des vagues. Alors si demain vous vous allez du côté des plages et que vous rencontrez l'un d'eux, n'hésitez pas à appeler Hegalaldia. Les soins apportés à un animal sauvage sont affaire de spécialistes.

« Si vous vous promenez sur les plages, prenez avec vous cartons et serviettes. Il faut mettre les oiseaux au chaud le plus rapidement possible : l'idéal est une bouillote entre la serviette et l'animal. Surtout, ne rien lui donner à boire ni à manger. Nous sommes ouverts sept jours sur sept. » Quant aux oiseaux morts, ne les touchez pas.


Dimanche soir, Hegalaldia a fait ses comptes : « 46 guillemot de Troïll, 23 macareux moine, et 1 pingouin torda, sans compter tous les oiseaux découverts morts (des centaines) et ceux décédés avant d'arriver jusqu'à nous. »

Virginie Bhat


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