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Les animaux entre ciel et terres sauvages

Oscar le milan royal meurt empoisonné


Mardi 23 Avril 2013


Oscar aurait célébré ses neuf ans en avril. Mais le mois dernier, le milan royal qui quittait les Pyrénées pour la Suisse a fait une rencontre empoisonnée. Il en a péri. Comme dix-huit autres milans royaux en France depuis le début de l'année. La Ligue pour la protection des oiseaux demande des mesures pour préserver cette espèce vulnérable.




La France abrite 2650 couples nicheurs de milans royaux qui appartiennent à une espèce protégée ©V.B.
La France abrite 2650 couples nicheurs de milans royaux qui appartiennent à une espèce protégée ©V.B.
Oscar aurait eu neuf ans ce mois-ci. Le mois dernier, ses grandes ailes survolaient encore le Tarn, du côté de la ville de Réalmont. Oscar était suisse, né en avril 2004 à Prez-vers-Noréaz dans le canton de Fribourg. Encore au nid, les hommes l’avaient muni d’une balise Argos avec panneau solaire. Et depuis le muséum d’histoire naturelle de Fribourg suivait ses pérégrinations.

Oscar aimait bien la France. Espèce migratrice cet oiseau d’un kilo environ y passait ses hivers. Fidèle aux Pyrénées, à la limite de deux départements, l’Ariège et la Haute-Garonne. Dès l’âge d’un an, ce rapace diurne avait étonné son petit monde : par deux fois en quelques semaines, il avait migré. Fin avril 2005, il avait quitté le massif pyrénéen pour rejoindre en à peine quatre jours son lieu de nidification en Suisse. Il y resta quinze jours quand soudain il repartit vers les Pyrénées. Puis rebelote, il reprit son vol vers le canton de Fribourg. Une double migration qu’il réitéra un an plus tard et laissa perplexes les ornithologues. Puis, chaque année, Oscar revint à une migration plus sage et donna naissance à quelques oisillons de son espèce.

Dix-neuf milans royaux empoisonnés depuis le début de l'année

Mais en mars dernier, la balise d’Oscar se tût. Elle s’est tue à jamais : le milan royal qu’est Oscar était découvert mort près de Réalmont. Empoisonné semble-t-il.

Oscar n’est pas le seul de son espèce à périr ainsi. Depuis le début de l’année 2013, dix-neuf milans royaux ont été trouvés en France, les ailes désormais inutiles. La plupart a été victime d’empoisonnement par des substances illicites, dénonce la Ligue de protection des oiseaux qui sonne cette année encore le tocsin : « Ce rapace, encore commun il y a trente ans dans l’Hexagone, est aujourd’hui gravement menacé (1).  »

Bien que les analyses toxicologiques ne soient pas encore disponibles, relève la Ligue, les autopsies d’ores et déjà réalisées sur plusieurs cadavres ont révélé un tableau lésionnel compatible avec une intoxication par convulsivants et notamment des inhibiteurs de cholinestérases (produits utilisés comme insecticides ou molluscicides).

« L’utilisation de ces substances est détournée, précise Fabienne David, responsable de programmes LPO. Beaucoup ont été interdîtes comme le carbofurant en 2008. Mails certains écoulent les stocks qui n’ont pas été venus depuis. Et d’autres les utilisent sous forme de poudre ou de granulés pour enrober des appâts et tuer des espèces telles que le renard, la fouine... voire le corbeau. Mais le milan royal est un rapace qui se nourrit aussi de charognes. Et Il se nourrit de ces appâts empoisonnés. Comme le chat forestier, la buse variable qui en sont victimes. »

Paradoxe : le milan royal est protégé et victime du poison

La France abrite 2 650 couples nicheurs. Soit la deuxième population mondiale de milans royaux après l’Allemagne. Or, entre 2002 et 2008, cette population nicheuse a diminué de 20 % en France, relève la Ligue, alors même que l’espèce avait déjà connu une chute drastique de ces effectifs, par le passé due au changement des pratiques agricoles et l’emploi massif de la bromadiolone dans la lutte contre les campagnols terrestres.

« La bromadiolone est autorisée dans l’Union européenne et en France, reprend Fabienne David. Utilisée dans la lutte contre les campagnols. Mais les milans royaux se nourrissent aussi de leurs cadavres empoisonnés qui n’ont pas été retirés des prairies. La Lpo se bat aussi contre son utilisation. »

La Ligue et l’ensemble du réseau « Milan royal » dénoncent le paradoxe qui entoure cette espèce. D’un côté, le milan royal est le sujet d’un plan national de restauration piloté par le ministère de l’Ecologie. De l’autre, des milans royaux sont victimes d'empoisonnements illégaux. Les moyens humains et financiers, déployés dans le cadre du plan national de restauration piloté par le Ministère en charge de l’Ecologie, sont une nouvelle fois réduits à néant.

Et la ligue de demander que « les produits chimiques dangereux pour la faune sauvage soient bannis, que ceux interdits en France ne circulent plus librement sur notre territoire et que des sanctions exemplaires soient prises à l’encontre des auteurs de ces faits délictueux. »


(1) Suite à son déclin constaté entre 1990 et 2000, le statut européen du milan royal a évolué depuis 2005 : il figure désormais dans les catégories « en déclin » avec comme critère « déclin modéré et récent ». Inscrite sur la Liste rouge de l’UICN en raison de son endémisme européen, cette espèce est considérée, depuis cette date, comme quasi menacée. En France, le milan royal figure désormais parmi les espèces vulnérables (liste rouge actualisée en 2008).
Distribution mondiale
La population nicheuse mondiale est exclusivement présente en Europe : l’Allemagne, la France et l’Espagne abritent, à elles trois, environ 72 % de la population mondiale. Si l’on ajoute la Suède, le Royaume-Uni et la Suisse, on obtient pour ces 6 pays environ 93 % de la population mondiale (20 800 à 24 900 couples).


Virginie Bhat


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