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Les animaux entre ciel et terres sauvages

Ortolan : le torchon brûle encore


Vendredi 8 Mars 2013


Vingt cinq grammes à tout casser. En dépit de son poids plume, l’oiseau continue à semer la zizanie. Et pas simplement dans les Landes où d’irréductibles chasseurs ne veulent pas laisser tomber leurs proies. Une nouvelle fois, l’Union européenne a pointé du doigt la politique que mène la France à l’encontre de l’Emberiza hortulana. Mieux connu sous le nom de bruant ortolan.




Même s'ils sont protégés, les ortolans sont toujours piégés à la matole dans les Landes ©Christian Joulot
Même s'ils sont protégés, les ortolans sont toujours piégés à la matole dans les Landes ©Christian Joulot
Le 25 janvier dernier, la Commission européenne a envoyé donc une lettre de mise en demeure aux autorités françaises qui persistent et signent à tolérer le braconnage de ce migrateur. Le contentieux ne date pas d’hier. Et il revient régulièrement au devant de la scène. Le bruant ortolan est un oiseau protégé dans l’Union européenne depuis l’adoption de la directive dite Oiseaux de 1979. Il faudra attendre vingt ans avant que la France ne le protège officiellement sur son territoire ! « En 1988, la France avait déjà été condamnée pour la non protection de l’ortolan. Mais depuis rien n’a changé. En 1999, devant la mauvaise foi avérée de la France, une nouvelle condamnation est prononcée, avec cette fois une astreinte de 142 425 € par jour ! » rappelle l’Aspas, Association pour la protection de la faune sauvage.

Même protégé, le bruant ortolan est toujours chassé dans les Landes

Selon les associations, entre 30 000 et 50 000  bruants ortolans sont piégés chaque année ©Pierre Athanaze
Selon les associations, entre 30 000 et 50 000 bruants ortolans sont piégés chaque année ©Pierre Athanaze
Acculée, la France prenait les mesures nécessaires et ajoutait dans un nouvel arrêté du 5 mars 1999, entre autres 71 nouvelles espèces, le bruant ortolan à la liste des oiseaux protégés sur son territoire. Après un second arrêté modificatif en juin 1999, l’Union européenne retirait sa plainte devant la Cour de justice européenne.

Mais si le feu s’éteignait à Bruxelles, il a continue à flamber sporadiquement dans les Landes où l’oiseau est encore piégé en août et en septembre, puis cuisiné et dégusté par certains. A l’été dernier, chasseurs et protecteurs de la faune sauvage se sont encore empoignés sur les terrains de chasse landais. Selon l’Aspas, quelque 50 000 ortolans seraient ainsi braconnés chaque année dans ce département, soit 10 fois plus que la population totale de l’espèce en Allemagne, Hollande et Belgique réunies !

A défaut d’obtenir des autorités françaises la fin de cette pratique, braconnage pour les uns, chasse traditionnelle pour les autres, les associations de protection de la nature n’ont eu de cesse d’alerter l’Union européenne. « Face à cette situation inadmissible, l’Aspas a fourni à la Commission européenne les éléments nécessaires à une saisine de la Cour Européenne de Justice. Celle-ci ne manquera pas de sanctionner très fermement la France à cause de sa volonté manifeste de contourner les droits français et européen, et de faire fi de ses deux condamnations » relève l’asociation.

Nicheur ou de passage, le bruant ortolan est menacé en France

Même le comité français de l’Union mondiale pour la sauvegarde de la nature a sonné le tocsin l’an dernier. Car l’espèce est menacée en France.

En effet, à la demande du ministère de l’Ecologie, le muséum national d’histoire naturelle a conduit une étude l’an dernier sur le bruant ortolan en France. Les conclusions sont imparables : « Les populations françaises de Bruants ortolans sont toutes menacées au titre de la liste rouge (UICN France et al. 2008 et 2011), les populations nicheuses étant classées ‘vulnérables’ et les populations de passage ‘en danger’. »


Et les auteurs d'ajouter : « Selon les données disponibles, notre population nicheuse de Bruants ortolans est en grand déclin (tendance de population de -42% sur les onze dernières années) et il est probable que les effectifs soient aujourd’hui inférieurs à 15000 couples. L’analyse de la répartition des couples nicheurs à travers le pays et de son évolution est préoccupante également (tendance de répartition de -35% depuis les années 1980) : on note en particulier la disparition ou le morcellement extrême des populations atlantiques et plus généralement de toutes les populations non méditerranéennes. »

Quant aux populations de passage dans le sud ouest de la France (1), « elles sont dans un état de conservation jugé catastrophique, le plus souvent au seuil de l’extinction, ce qui se reflète dans la tendance globale européenne qui est de - 84% en 30 ans, soit -6,21% par an. Le Bruant ortolan est l’espèce européenne qui décline le plus parmi les passereaux étudiés par l’European Bird Census Council. »

D’ici trois semaines, la France devra avoir répondu à l’Union européenne sur ses manquements. Après analyse des réponses, cette dernière décidera des suites de ce contentieux qui ne cesse de durer.


(1) Elles sont issues pour l’essentiel des pays scandinaves, de Finlande, des pays baltes, d’Allemagne et de Pologne, ainsi que de notre population atlantique.

Virginie Bhat


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