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Les animaux de nos villes et campagnes

Les pottoks descendent de la Rhune


Lundi 11 Octobre 2010


Dimanche matin, alors que la pluie tombe inlassablement sur le Pays Basque, des hommes ont rassemblé leurs pottoks sur les pentes boueuses de la Rhune. Le troupeau descendra, le temps d'une journée, vers la civilisation urbaine, à Ascain. Puis il retrouvera la montagne sacrée où il a valeur écologique.




Une brume de chaleur s'échappe des robes perlées de pluie ©xoriburu.info
Une brume de chaleur s'échappe des robes perlées de pluie ©xoriburu.info
Les gouttes perlent sur leurs robes. Elles ne sont pas rosée du matin, mais pluie d’automne. Aujourd’hui il ne ferait pas bon mettre un chien dehors. Et pourtant, les familles sont là. Sous leurs parapluies, chapeaux et bérets, elles attendent de pied ferme la descente des pottoks de la Rhune. Les dernières barrières se dressent derrière l’église à Ascain. Les premiers cavaliers arrivent. Puis des hommes, makila en main. Puis ces robes, ces crinières et ces queux perlées de pluie. Le troupeau compact chatoie, du noir à l’alezan au pie bai. Il s’engouffre dans l’enclos aménagé sous le regard des enfants, de leurs mères et de leurs pères.

Des appareils photos crépitent. Des mains se tendent pour la caresse d’un chanfrein. « Attention, ils peuvent te mordre. » Les poulains de l’année cherchent le réconfort de leurs mères. C’est la première fois qu’ils ont quitté leurs montagnes. Soudain un hennissement crève le brouhaha des sabots qui piétinent et du public qui commente.

Les lèvres retroussées, toutes dents devant, les oreilles écrasées sur le crâne, deux étalons se cherchent querelle. Ils se cabrent. Et les sabots fendent l’air. Puis leurs antérieurs retombent à terre. Le calme revient aussitôt. Ils ont montré leur valeur. Ils ont défendu leurs juments. De toutes les façons, ils n’ont pas la place pour mener à bien un combat.

Les jeunes de l'année recherchent le réconfort maternel... ou un brin de paille? ©xoriburu.info
Les jeunes de l'année recherchent le réconfort maternel... ou un brin de paille? ©xoriburu.info
Deux hommes entrent tranquillement dans l’enclos. Un représentant des Haras Nationaux qui va distribuer ensuite les prix. Car le pottok est une race de poney maintenant reconnue : il a son stud-book, ses étalons et ses juments confirmés. Il existe les pottoks des montagnes qui vivent libres dans les massifs et les pottoks des plaines qui ont quitté les monts pour des élevages plus traditionnels. Le plus souvent destinés à la monte.

C’est en 1970 qu’une poignée d’hommes se réveillent à Sare. Le petit cheval du Pays Basque est en danger. Pendant des siècles, il a vécu dans la montagne, libre souvent. Lorsque les Basques en avaient l’utilité, ils trouvaient dans les troupeaux les individus qu’ils souhaitaient. Les pottoks sont même allés dans les mines du Nord, comme animaux de trait aux côtés des mineurs… Ils ont aussi fini dans la chair à saucisse ou les assiettes de ceux qui aimaient la viande de cheval.

Je nous ris des hommes © xoriburu.info
Je nous ris des hommes © xoriburu.info
Puis la mécanisation des transports, de l’industrie… la fin des contrebandes pédestres les a rejetés dans l’oubli, là-haut dans leurs montagnes basques. Puis est venu le temps du morcellement des territoires, la privatisation des montagnes, les barbelés… L’habitat du pottok a fondu. Comme beaucoup de races locales, le pottok dont le profil est dessiné dans les grottes préhistoriques d’Isturitz et d’Oxocelhaya aurait pu disparaître.

Il y a deux ans, l’élevage français comptait 969 ponettes saillies et 108 étalons en « activité » pour 137 éleveurs. Un an plus tôt, les éleveurs étaient au nombre de 146…. Aujourd’hui, les pottoks vivent surtout sur les massifs d’Ursuya, Baïgoura, Artzamendi et de la Rhune. Disséminés en petites colonie, un étalon pour une quinzaine de juments, ils ont retrouvé des lettres de noblesse : ils participent à l'entretien des montagnes basques.

Derrière l’église à Ascain, l’après-midi pointe son nez. Un peu plus tard, alors que la pluie continue à perler inlassablement leurs crinières, la plupart des pottoks vont repartir vers leur montagne sacrée à deux pas de l’océan. Ceux qui restent iront vers un autre destin.

Oyez Oyez, les pottoks sont dans la montagne ©xoriburu.info
Oyez Oyez, les pottoks sont dans la montagne ©xoriburu.info

Ester Gran


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