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Les animaux entre ciel et terres sauvages

Les oiseaux migrateurs entre météo et réchauffement climatique


Vendredi 8 Novembre 2013


Tous les ans, des milliers d'oiseaux migrateurs survolent le Pays Basque. Cap au sud pour regagner leurs lieux d'hivernage. Selon les conditions météo, ils passeront par ici. Ils sont passés par là. Jamais le même jour d'une année sur l'autre. Et le réchauffement climatique n'y est pas étranger.




Des milliers de migrateurs survolent les montagnes basques pour regagner les terres hivernales ©V.B.
Des milliers de migrateurs survolent les montagnes basques pour regagner les terres hivernales ©V.B.
Les observateurs de la migration des oiseaux ont pour la plupart quitté les cols basques. Des milliers d’ailes ont passé devant leurs yeux accrochés à leurs jumelles pour les compter. Des centaines de milliers d’ailes à perdre parfois le souffle. Ils l’ont perdu la semaine dernière alors qu’au petit matin du 31 octobre les palombes sont arrivées. « Elles ont profité d’un fenêtre météorologique, explique Jean-Paul Urcun, responsable de l’Observatoire régional de la migration des oiseaux. Portées par un vent de secteur nord est. L’espèce est très réactive à la météo. Comme tous les granivores, les pigeons migrent le matin à l’heure où les températures sont fraiches. Elles craignent vite la déshydration par temps chaud.

Les migrations au fil des conditions météo

Les observateurs d'Organbidexka et de Lindux ont compté 28 764 milans noirs pointant le bec vers le sud ©V.B.
Les observateurs d'Organbidexka et de Lindux ont compté 28 764 milans noirs pointant le bec vers le sud ©V.B.
Ce sont plus deux millions de palombes qui ont survolé les cols basques. Soudainement. En à peine deux jours. Un phénomène que les observateurs ne constataient pas voilà encore quinze ans. « Les palombes migraient du 25 septembre au 15 novembre. Nous en voyions passer chaque jour quelques petits vols » poursuit Jean-Paul Urcun.

Des milliers de palombes, mais des centaines de milans noirs qui les ont précédés. 25 917 plus précisément au col d’Organbidexka et 2847 à la redoute de Lindux. Ces rapaces sont passés moins nombreux cette année sur les deux cols basques. En 2012, les observateurs de deux cols en avaient compté 36463 pour le premier et 4492 pour le second. Pas question d’en tirer des conclusions hâtives et supposer que l’espèce est en perdition.

Soit les rapaces ont passé plus à l’est. « Si les conditions météorologiques le leur permettent, ils peuvent survoler le pic d’Ossau, confirme Jean-Paul Urcun. Ils en ont la capacité de vol ! » Les milans noirs peuvent passer par les Pyrénées centrales. Mais si le temps est bouché, leur vol va glisser le long de la chaîne jusqu’à trouver une trouée. Au col d’Organbidexka par exemple.

Soit l’espèce a entamé sa migration avant le 15 juillet, date à laquelle les observateurs de la LPO prennent pied sur le col d’Organbidexka. « Il y a des mouvements importants avant cette date que nous ratons. Ce n’était pas le cas il y a encore trente ans.  »

La terre se réchauffe, le gobe-mouche noir trinque

Les espèces migratrices adoptent de nouvelles mœurs migratoires au fil du changement climatique ©V.B.
Les espèces migratrices adoptent de nouvelles mœurs migratoires au fil du changement climatique ©V.B.
Les observateurs le constatent : d’une année sur l’autre, les migrations ne sont jamais tout à fait les mêmes. Les oiseaux ne s’embarrassent pas de rendez-vous à date et heure fixes. Des espèces adaptent leur vol migratoire à la météo. Et au réchauffement climatique. Car oui le réchauffement climatique peut avoir un impact direct sur leur comportement ; et les espèces d’adopter de nouvelles mœurs migratoires.

Les observations et les analyses ornithologiques des migrations tendraient à le prouver. Surtout chez les oiseaux qui hivernent en Afrique subsaharienne. « Certaines espèces ont avancé leur migration prénuptiale de dix jours sur une période d’un mois. Tel le busard des roseaux. Une fois que leurs petits sont émancipés, ces espèces ne s’attardent pas et quittent leurs lieux de nidification aussitôt pour repartir vers le sud. Et avancent donc aussi leur date de migration postnuptiale !  »

Reste que certaines autres espèces migratrices au long cours n’ont pas encore mis leur montre à l’heure du changement climatique. Et ce n’est pas sans répercussion sur leur population. Ainsi le gobe-mouche noir s’obstine-t-il à écouter son horloge interne et ne varie pas ses dates de migration prénuptiale. Conséquence, quand il arrive à son nid, le printemps a souvent déjà sonné en Europe. La nature ne l’a pas attendu et de chenilles dont il nourrit sa nichée, il n’y en a plus foison. Elles sont déjà devenues chrysalides voire papillons : les insectes ont avancé leur cycle de reproduction, en adéquation avec les températures douces d’un printemps plus précoce en Europe.

« Il y a un décalage entre le pic de production des chenilles et la période de nourrissage des petits du gobe-mouche noir » souligne Jean-Paul Urcun. Des oisillons meurent plus facilement, les générations se renouvellent plus difficilement et la population globale du gobe-mouche noir est en baisse. L’espèce parviendra-t-elle à rectifier le tir de son horloge interne ou adopter d’autres comportements pour se tirer de cette mauvaise passe ?

A chaque espèce sa stratégie migratrice

Certaines cigognes résident désormais en France en hiver ©V.B.
Certaines cigognes résident désormais en France en hiver ©V.B.
A contrario, d’autres espèces dont la migration est plus courte peuvent s’attarder sur leurs lieux de nidification. Il fait encore bon vivre en Europe à l’automne. Pourquoi donc quitter ces lieux hospitaliers où la nourriture est toujours abondante. Surtout si ces espèces ne dépendent pas d’une seule ressource alimentaire. Et quand la bise est pour ainsi dire venue, elles gagneront leurs contrées hivernales.

A chaque espèce migratrice sa stratégie d’adaptation. Enfin quand elle le peut. « Certains migrateurs transsahariens commencent même à trouver d’autres lieux d’hivernage, relève Jean-Paul Urcun. Les premiers circaètes jean le blanc ou aigles bottés passent l’hiver dans le sud de l’Europe au lieu de regagner l’Afrique. Ils s’arrêtent en Andalousie ou dans la région de Murcia. » Ce sont les pionniers parmi les rapaces à écourter leur migration. Quant aux cigognes, elles s’arrêtent désormais en France. Dans cent ans, les migrateurs d’aujourd’hui le seront-ils encore ? Continueront-ils à aller et venir au dessus des Pyrénées ?

Virginie Bhat


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