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Les animaux entre ciel et terres sauvages

Les migrateurs dépassent le col de Lizarrieta


Dimanche 25 Novembre 2012


Chaque année à l'automne, des milliers d'oiseaux migrateurs passent au-dessus du col de Lizarrieta au Pays Basque. Ils vont rejoindre leur sites d'hivernage. Pendant deux mois, leurs vols sont minutieusement scrutés par les naturalistes de l'Observatoire régional de la migration des oiseaux. Ambiance.




Sous le soleil ou dans le froid, les observateurs de la LPO comptent les vols migrateurs ©Serge Barande
Sous le soleil ou dans le froid, les observateurs de la LPO comptent les vols migrateurs ©Serge Barande
« Ca passe ? » La question revient en boucle. « Ca passe ? L’interrogation ne concerne que les palombes. Les gens sont obnubilés par leur passage. Et pas seulement les chasseurs. Ils en oublient tous les autres migrateurs » soupire Yoan qui pendant deux mois a dépiauté les préjugés et sensibilisé les trente à quarante visiteurs quotidiens sur le site.

L'ornithologie s'apprend à l'école buissonière

A 441 mètres d'altitude, le col de Lizarrieta à Etxalar est un couloir de la migration post-nuptiale. Il donne aux observateurs une vue imprenable sur le Pays Basque ©V.B
A 441 mètres d'altitude, le col de Lizarrieta à Etxalar est un couloir de la migration post-nuptiale. Il donne aux observateurs une vue imprenable sur le Pays Basque ©V.B
Jeudi 15 novembre. Les naturalistes du col de Lizarrieta sont prêts à plier bagages. Depuis deux mois ils font le pied de grue à compter et recompter les oiseaux qui passent le col pour prendre leurs quartiers d’hiver qui en Espagne, qui au Portugal, qui en Afrique. Ils ont démonté leur campement où ils ont passé leurs nuits dans un champ un peu plus bas. Ils s’apprêtent à prendre leur dernier déjeuner ensemble. Les jumelles à portée de main au cas où leurs yeux experts perçoivent un mouvement dans le ciel.

Aujourd’hui, ils ne sont plus que quatre observateurs de l'Observatoire régional de la migration des oiseaux : Simon, Aurélien et Yoan rejoints depuis peu par une jeune bénévole. « J’ai voulu m’initier à la migration, explique la jeune femme qui a suivi d’autres espèces d’oiseaux sur d’autres terres lointaines. Ce n’est pas facile de les compter ! »

« Le comptage demande de l’expérience, renchérit Aurélien. Les plus jeunes apprennent au contact des plus anciens. Ils s’aident de photos pour différencier les espèces, les mâles et les femelles, les âges. Vous savez, l’ornithologie ne s’apprend pas sur les bancs de l’école, mais à l’école buissonnière. Sur le terrain. » Pour aider les uns et les autres dans leurs observations, les indispensables jumelles et les longues vues.

Les palombes, comme d'autres espèces migratrices, rebroussent parfois chemin

Plus d'un million de pigeons est passé par le col de Lizarrieta ©Simon Cavaillès
Plus d'un million de pigeons est passé par le col de Lizarrieta ©Simon Cavaillès
« Les observations ont commencé en 1982 sur le col de Lizarrieta, poursuit Aurélien qui fouille l’horizon à la recherche des grues qui passent sur la forêt de Saint-Pée sur Nivelle. Mais ce n’est qu’en 1988 qu’un suivi rigoureux a été instauré. Du 15 septembre au 15 novembre, les naturalistes se succèdent pour compter les migrateurs, selon un protocole bien déterminé. » Ce protocole, permet de comparer sûrement les migrations d’une année sur l’autre, de tirer des tendances et d’apporter des indicateurs sur l’état des populations d’oiseaux migrateurs.

C'est en 2007 que l'Observatoire régional de la migration des oiseaux a rassemblé sous une même bannière les différentes structures, observateurs des oiseaux migrateurs. Le projet est coordonné par la Ligue de protection des oiseaux d'Aquitaine. Le col de Lizarrieta n'est pas le seul site où les ornithologues comptent les migrateurs. Le Pays Basque compte deux autres couloirs migratoires : la redoute de Lindux et le col d'Organbidexka. Les comptages sont rassemblés, jour par jour, sur le site national de la mission Migration. Les trois sites ont été réunis au sein d'un programme transfrontalier appelé Lindus mis en place ces deux dernières années.

« Regardez un vol de pigeons qui rebrousse chemin, s’exclame Simon. Pourquoi ? On ne connaît pas tout. On ne peut que constater dans ce cas-ci. » Et de noter aussitôt sur un calepin le passage des palombes. A 441 mètres d’altitude, le col de Lizarrieta est un goulet de migration post-nuptiale. C’est vrai que les pigeons y sont la pierre angulaire des comptages. En deux mois, les observateurs en ont dénombré plus d’un million. Leur vol bleu serré est spectaculaire. Mais que dire du vol majestueux des planeurs que sont les milans royaux ou des mystérieuses formations triangulaires que forment les oies ou les grues cendrées. Les naturalistes ont ainsi compté 12 048 grues cendrées, 5623 goélands, 4981 grands cormorans, 3230 milans royaux, 1534 vanneaux huppés…et un bruant ortolan.

Les oiseaux migrateurs cheminent vers tous les points cardinaux

4981 grands-cormorans auront croisé les jumelles des observateurs de Lizarrieta ©Simon Cavaillès
4981 grands-cormorans auront croisé les jumelles des observateurs de Lizarrieta ©Simon Cavaillès
« Nous ne comptons plus les passereaux, poursuit Simon. Nous l’avons fait trois années de suite. Mais cela nous demande beaucoup plus de monde ! »

- Pourquoi les goélands passent-ils par le col ? Au lieu de suivre le littoral ?
- Lors de leur migration post-nuptiale, tous les oiseaux migrateurs ne passent pas du nord au sud. Certaines espèces, comme le goéland leucophée, migrent d’est en ouest. De la mer Méditerranée vers l’océan Atlantique. Elles peuvent alors longer les Pyrénées.

Tous les migrateurs ne partent pas en même temps. Souvent les milans noirs et les hérons cendrés ouvrent la voie, en juillet. Souvent les oies ou les grues cendrées ferment la marche fin novembre. « Plusieurs facteurs détermineront les départs, note Simon : la reproduction, le temps... D’une année sur l’autre, le nombre des vols n’est pas identique. Mais sur des années nous pouvons dresser des tendances. Ainsi, nous observons plus de cigognes blanches et de milans noirs. » En France, après de forts déclins, ces populations reprennent du poil de la bête.

Les observateurs de la LPO côtoient les chasseurs des crêtes

Sur les crêtes, des postes de tirs sont mis aux enchères par les collectivités ©V.B
Sur les crêtes, des postes de tirs sont mis aux enchères par les collectivités ©V.B
Un vol d’étourneaux passe. Un déferlante de coups de feux éclate. Sur la crête, des postes de tirs. « Ces postes sont mis aux enchères par les communes. Leur prix peut atteindre 12 000 euros pour le plus cher d’entre eux ! » explique Simon. Drôle d’ambiance sur le col de Lizarrieta où tous les univers se côtoient. Tous les yeux rivés sur les oiseaux, leurs intérêts ne sont pas les mêmes.

Des chasseurs au fusil embusqués derrière des planches de bois surplombent les naturalistes. Des chasseurs à la pantière un peu plus loin, une chasse traditionnelle du Pays Basque. « Et à côté de nous, dans la petite cabane là, ce sont les observateurs du Gifs, Groupement d'Investigation International sur la Faune Sauvage, qui s’installent jusqu’au 11 novembre. Ce comptage est organisé par les fédérations de chasse. »

Enfin les promeneurs, simples passants de la nature. « Nous en accueillons entre trente et quarante par jour, explique Yoann en charge des animations. Nous leur expliquons tout notre travail, les oiseaux... Et pas seulement les palombes ! Nous avons des livrets à leur disposition. » Un couple de Tourangeaux s’approche. Un appareil photo à la main. « Nous venons d’Ainhoa. Il y avait un vol superbe d’oies. »

Les migrateurs ne repasseront pas par le col de Lizarrieta au printemps

L'équipe a plié ses bagages ce 15 novembre sous le soleil. A la tombée de la nuit, chacun, ici Yoan, reprendra son chemin ©V.B
L'équipe a plié ses bagages ce 15 novembre sous le soleil. A la tombée de la nuit, chacun, ici Yoan, reprendra son chemin ©V.B
L’après-midi pointe son nez. Les tirs ont cessé. Le couple monte quelques mètres et sur un rocher déballe son pique-nique. Les observateurs de la Lpo ont sorti leur réchaud. Derrière eux la terrasse de la venta s’est vidée.

Simon, Yoann et Aurélien quitteront le col de Lizarrieta à la tombée de la nuit. Comme le veut le protocole qui demande que les observations débutent au lever du soleil et cessent la nuit venue. Chacun repartira vers son chemin.

Un rapace tournoie dans le ciel. Il passera l’hiver ici au Pays Basque. L’an prochain, des observateurs reviendront pour la migration automnale sur le col de Lizarrieta. « Au printemps, les migrateurs empruntent un autre couloir » conclut Simon.

Virginie Bhat


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