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Les chenilles processionnaires sortent du bois


Lundi 25 Mars 2013


Il bave, la langue gonflée qui au fil des heures, sans soins, vire au violet. Le chien visiblement est mal en point. Ce sont peut-être les chenilles processionnaires qu’il aurait pu toucher les responsables. Mais qui sont-elles donc ?




Les unes derrière les autres, les chenilles processionnaires quittent le pin qui les a abritées l'hiver ©V.B
Les unes derrière les autres, les chenilles processionnaires quittent le pin qui les a abritées l'hiver ©V.B
En file indienne, elles sortent du bois. Tête à queue, elles traversent tranquillement la petite route. Elles ont quitté le splendide pin qui surplombe la scène et s’acheminent vers la prairie ensoleillée. « Pas touche » s’exclame alors le promeneur à son chien. Pour cette fois-ci l’animal bondissant a échappé aux poils urticants des chenilles processionnaires.

Le printemps a sonné son heure voilà quelques jours. Il est temps pour les chenilles processionnaires de quitter leur nid hivernal. Un long hiver qu’elles ont passé au chaud dans leur abri de soie sur une brande de l’immense pin. Prudentes, elles ne sortaient que la nuit pour se nourrir de ses aiguilles.

Au printemps, les chenilles processionnaires cherchent une terre ensoleillée où s'enfouir

Les femelles papillons choisiront une aiguille de pin où déposer leurs œufs ©V.B
Les femelles papillons choisiront une aiguille de pin où déposer leurs œufs ©V.B
Aujourd’hui, c’est leur procession de nymphose. Centimètre par centimètre, les unes dernière les autres, une femelle en chef de file les conduit vers un vert pâturage. Peut-être cette prairie en face de leur arbre. Une prairie que le soleil réchauffera. Là, elles creuseront la terre dans laquelle elles s’enfouiront. Entre cinq et vingt centimètres de profondeur. Quinze jours plus tard, chacune d’entre elles tissera son cocon et se transformera en chrysalide.

Les chenilles processionnaires, désormais chrysalides, attendront leur heure. Cet été, ou l’été prochain. Voire l’été suivant selon les régions. Rien ne les presse, si ce n’est leur horloge biologique. A leur heure, elles deviendront papillons nocturnes. Et un soir d’été, elles sortiront de terre leurs ailes déployées. Et chacun partira à la recherche de l’âme sœur.

Mâles et femelles s’accouplent. Les premiers meurent. Vite. Les secondes pondront entre 70 et 300 œufs sur une aiguille de pin. Pins noirs surtout, puis pins maritimes, pins sylvestres, pins d’Alep, et en dernier lieu les cèdres ou autres conifères. « Comme elles se dirigent vers les silhouettes d’arbres se découpant sur fond clair, les processionnaires se trouvent souvent concentrées sur les lisières ou les arbres isolés » relève le département de la santé des forêts du ministère de l’Agriculture.

Moins d’un mois et demi plus tard, les premières chenilles naitront. Au fil des semaines automnales qui passent, elles grandissent, suçant les sucs des aiguilles qui les entourent. Leurs corps qui changent de couleurs se couvriront chaque jour un peu plus de poils. Cinq stades larvaires plus tard, certains en compteront jusqu’à un million. Des poils, alors enduits de poussières urticantes. Danger !

Au contact des poils urticants, il est temps d'agir

Les chenilles processionnaires comptent peu de prédateurs ©V.B
Les chenilles processionnaires comptent peu de prédateurs ©V.B
Les chenilles processionnaires comptent peu de prédateurs : leurs poils urticants sont des armes particulièrement dissuasives. Le coucou parfois qui s’attaque à leur nid. Ou la mésange huppée qui se délecte des larves nouvellement nées. Leur plus redoutable ennemi est le coléoptère, le grand calosome.

Alors c’est l’homme qui engage la lutte contre les invasions de chenilles processionnaires qui saignent – ou plus justement défolient - les pinèdes exploitées. « La lutte n’est ni nécessaire ni souhaitable dans tous les cas. Elle ne doit en effet être envisagée que dans certaines configurations. Il faut alors bien connaître le cycle biologique local de l’insecte, afin d’intervenir au bon moment, c’est-à-dire sur les stades les plus sensibles, et si possible lors de la progradation, car il est inutile, voire dangereux, de traiter des populations qui sont en train de régresser de façon naturelle » explique le département de la santé des forêts.

Lutte parfois raisonnée : le jardinier ou le forestier encourage la présence des prédateurs et des parasites de son ennemi. Contrefeux de traitements phytosanitaires... Depuis 1981, le ministère de l’Agriculture a mis en place un réseau de surveillance dans toutes les forêts françaises. Les agents suivent l’évolution des populations de chenilles processionnaires dont le cycle de vie et de colonisation des pins chaque année varie selon les conditions climatiques. (1)

Mais les chenilles processionnaires sont coriaces. Et d’année en année, leurs poils volent au vent. A leur contact, les hommes et leurs animaux de compagnie en paient le prix : éruption cutanée, démangeaisons, conjonctives, irritations respiratoires inflammation des muqueuses lorsqu’ils les ingèrent. Il n’y a pas une seconde à perdre à se rendre, qui chez son médecin, qui chez son vétérinaire. Les traitements existent qui ont fait leurs preuves.

Virginie Bhat


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