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Les animaux entre ciel et terres sauvages

Le milan royal au cœur des Aldudes


Lundi 19 Novembre 2012


Ce week-end, les Aldudes ont accueilli les premières rencontres du réseau milan royal Pyrénées. Quarante naturalistes du massif, de Corse, ou d'Euskadi ont planché sur des actions pour la restauration de cette espèce vulnérable en France. Hasard du destin : ils ont assisté au relâchage d'un milan royal blessé par tir à Lescar le 27 octobre dernier.




En présence du maire des Aldudes, Hegalaldia relâche le milan royal blessé par balle ©Patrick Harlé du réseau avifaune de l'Onf
En présence du maire des Aldudes, Hegalaldia relâche le milan royal blessé par balle ©Patrick Harlé du réseau avifaune de l'Onf
« Nous en avons recueilli deux autres depuis. L’un semble avoir été empoisonné par du Corbeau dort (1) qui laisse les oiseaux en hypothermie. Et ils en meurent. Peut-être l’appât ne lui était-il pas destiné. Le rapace est arrivé à temps au centre : il devrait s’en sortir » explique Stephan Maury du Centre de sauvegarde de la faune sauvage Hegalaldia alors que les premières rencontres du réseau Milan royal Pyrénées s’achevaient dimanche matin aux Aldudes.

Le milan royal repart avec quelques plombs

Après le lâcher du milan requinqué, les naturalistes reprendront leurs travaux le lendemain ©V.B
Après le lâcher du milan requinqué, les naturalistes reprendront leurs travaux le lendemain ©V.B
La veille, c’est un autre milan royal requinqué qui a été le sujet de toute l’attention des participants aux rencontres. En présence du maire des Aldudes où les rencontres se tenaient pour trois jours, l’oiseau a repris son envol. Un oiseau qui revient de loin. Le 27 octobre dernier, trois agents de la Bac, Brigade anti criminalité trouvent son corps inanimé sous un bosquet à Lescar près de Pau. Ils contactent l’Office national de la chasse et de la faune sauvage qui le prennent en charge et l’amènent chez un vétérinaire. Diagnostic implacable : blessé par tir avec fracture de l’ulna, un petit os de l’avant bras de l’aile. Autour de la blessure des traces de grenaille.

Le rescapé du pire est alors confié à Hegalaldia qui le soigne. Le milan royal a recouvré ses forces jusqu’à retrouver sa liberté samedi donc. Tous les plombs n’ont pas pu être retirés. « Les traces de grenaille de plomb dans son corps peuvent à terme le fragiliser par l’apparition de saturnisme » craint la LPO Pyrénées Vivantes. L’association et Hegalaldia ont bien l’intention de porter plainte contre X pour destruction d’une espèce protégée. Depuis octobre 2011, c’est le douzième représentant de son espèce retrouvé blessé ou mort, dont trois par tir.

L'habitat du milan royal se dégrade

Les milans royaux aiment les milieux agricoles ouverts ©V.B
Les milans royaux aiment les milieux agricoles ouverts ©V.B
Le milan royal est une espèce protégée, classée « quasi menacée » au niveau mondial par l’Union mondiale pour la protection de la nature. Il vit surtout en Europe de l’Ouest où ses populations ont chuté. Sa population compte entre 19 000 et 23 000 couples nicheurs, dont la moitié en Allemagne.

En France où 2700 couples nichent, l’espèce est considérée vulnérable. Le pays«  abrite en effet la 2° population européenne de milans royaux mais avec des effectifs qui ont chuté de près de 20 % entre 2002 et 2008 » s’inquiète la LPO Pyrénées Vivantes qui coordonne sur le massif le Plan national de restauration du milan royal. Ce plan mis en place en 2003 s’achève l’an prochain. Un prochain plan devra voir le jour pour assurer la poursuite des actions en faveur de l’espèce.

Les tirs ou les empoisonnements ne sont pas les seules menaces auxquelles est confrontée l’espèce. Le milan royal aime les espaces agricoles ouverts où polyculture et élevage extensif cohabitent. C’est dans de petits bosquets, des haies de vallons, dans de grands arbres isolés ou en bordure de vastes boisements qu’il installera son nid. Rongeurs, oiseaux ou insectes, le milan royal varie ses mets. Il sait aussi se faire charognard et s’alimenter de restes d’animaux écrasés sur les routes.

Conséquences ? Les changements dans les milieux et les pratiques agricoles ont des répercussions avérées sur la population de ce rapace : diminution des surfaces en herbe, mode de culture plus intensifs associés à des traitements chimiques. Son habitat se réduit et se dégrade.

Les Pyrénées sont le bastion des milans royaux

Les Aldudes accueillent un petit dortoir de milans royaux ©V.B
Les Aldudes accueillent un petit dortoir de milans royaux ©V.B
En hiver, l’Hexagone accueille quelque 5000 milans royaux qui se rassemblent sur plus d’une centaine de dortoirs. Le massif pyrénéen, occidental et central, en accueille de nombreux. Au printemps, ces rapaces retournent vers leurs lieux de nidification.

A l’automne, des dizaines de milliers d’individus ailés traversent le pays et franchissent le massif pyrénéen pour passer l’hiver en Espagne. Rien qu’au dessus du Pays Basque, les observateurs de la migration des cols d’Organbidexka, de Lizarrieta et de la redoute de Lindux ont ainsi compté 13 259 migrateurs cet automne.

Les Pyrénées constituent bien le bastion de la population nationale de milans royaux : en hiver, le massif accueil 70% de la population nationale hivernante (entre 3600 et 3900 oiseaux recensés sur une centaine des dortoirs), au printemps et l’été les effectifs nicheurs sont estimés à environ 500 couples, enfin à l’automne, les cols basques sont le principal couloir migratoire, confirme ainsi la Lpo Pyrénées Vivantes qui a donc créé une mission dédiée à cette espèce sur le massif.

Quarante naturalistes planchent sur l'espèce aux Aldudes

Aurélie de Seynes, chargé de mission milan royal Pyrénées conclut les rencontres ©V.B
Aurélie de Seynes, chargé de mission milan royal Pyrénées conclut les rencontres ©V.B
Cette mission (mission milan royal dans les Pyrénées) s’appuie sur un réseau d’associations de protection de la nature locale, parmi lesquelles Saiak et Hegalaldia au Pays Basque. Sont aussi partenaires l’Onf, le RNR Pibeste-Aoulhet, le parc national des Pyrénées, les fédérations de chasse...

C’est cette mission qui ce week-end a organisé les premières rencontres annuelles du réseau milan royal Pyrénées. Près de quarante naturalistes des Pyrénées, de Corse... et d’Espagne se sont ainsi retrouvés aux Aldudes. Un territoire qui justement accueille un petit dortoir de milans royaux.

Ces rencontres auront été « l’occasion pour les membres du réseau d’élaborer des pistes de travail pour renforcer le réseau de suivi actuellement composé de près de 150 observateurs issus d’une douzaine de structures environnementales, pour mieux associer le monde agricole aux différentes actions de conservation et enfin pour définir les modalités d’un programme de marquage de l’espèce dans les Pyrénées afin de renforcer la connaissance sur l’espèce ».

Mission accomplie. Entre ateliers de réflexion, les naturalistes ne sont pas empêchés d’aller observer des milans royaux basques.



(1) Le « corbeau dort » (molécule active : alphachloralose) est un produit qui, ingéré en faible quantité, a un effet narcotique. Les oiseaux ainsi endormis peuvent mourir d’hypothermie ou de prédation. En plus grande quantité, ce poison est mortel : on l’emploie pour tuer les rongeurs.

Virginie Bhat


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