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Les animaux entre ciel et terres sauvages

Le jeu de l'oie


Jeudi 30 Janvier 2014


Les oies cendrées, rieuses et oies des moissons vont-elles perdre des plumes en traversant les cieux français dès samedi ? Un arrêté du ministère de l’Ecologie pourrait bien repousser la fermeture de leur chasse du 31 janvier au 16 février prochain. Les chasseurs sont contents. La Ligue de protection des oiseaux est prête à saisir le Conseil d’Etat. Explications.




L'arrêté pris par le ministère de l'Ecologie repousserait la fermeture de la chasse aux oies cendrées, rieuses et aux oies des moissons au 16 février prochain ©Aurélien Audevard/LPO
L'arrêté pris par le ministère de l'Ecologie repousserait la fermeture de la chasse aux oies cendrées, rieuses et aux oies des moissons au 16 février prochain ©Aurélien Audevard/LPO
Les chasseurs sont en colère. Ils en ont assez de voir filer dans le ciel les oies cendrées, rieuses et les oies des champs, sans oublier les canards siffleurs, dès que le rideau tombe sur leur chasse chaque 31 janvier (1). Ils veulent les tirer jusqu’à mi-février.

Les chasseurs présentent deux arguments : les populations de ces oiseaux sont en excellente santé. Les études passées et en cours montrent sans ambiguïté l’excellente conservation des espèces. Les oies par exemple, pour la population du Nord-ouest de l’Europe sont passées de 80 000 individus lors de l’hiver 1979 à 610 000 en 2010. Le prolongement de la chasse représente moins de 1 % par rapport à ces populations argue ainsi l’Union picarde des associations des chasseurs de gibier d’eau et de migrateurs.

Trop nombreuses, les oies cendrées provoquent des dégâts aux Pays-Bas

D’ailleurs, elles seraient en si bonne santé qu’elles provoquent des dégâts aux Pays Bas et en Belgique. « En effet, depuis des années, certains pays du Benelux capturent et gazent des oies sauvages et des canards siffleurs par centaines de milliers avec l’aide financière de l’Europe au motif que ces oiseaux provoquent des dégâts aux cultures. Ces gazages honteux se sont même intensifiés récemment, et durent tout au long de la saison de reproduction et d’élevage des jeunes » dénoncent les Fédérations des chasseurs du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme.

Ce sont deux arguments qui ont été repris par le ministère de l’Ecologie cette année. Ministère qui a décidé de répondre à la demande des chasseurs. Il a donc préparé un arrêté qu’il a mis en consultation publique sur Internet du 21 au 28 janvier dernier. Dans son article 1, l’arrêté précise : « Par exception à l’article 1 de l’arrêté du 19 janvier 2009 (1) susvisé, pour la saison 2013-2014, la date de fermeture de la chasse de l’oie cendrée, de l’oie des moissons et de l’oie rieuse, est fixée au 10 février 2014. »

Les oies qui traversent le ciel français ne seraient pas des migratrices

Selon le ministère qui s’appuie sur une population globale de 610 000 oies, les oiseaux qui survoleraient l’Hexagone fin janvier ne seraient pas en train de migrer. Mais, selon une étude sur l’écologie des oies cendrées ils « pourraient plutôt correspondre à des mouvements liés à l’erratisme hivernal d’individus plus ou moins sédentaires ».

Et s’il n’évoque pas le gazage des oies, il explique que les dégâts agricoles sont de plus en plus importants. Les Pays-Bas doivent en conséquence détruire plus de 120 000 oies cendrées en hiver et en été. « Les dégâts atteignaient 9 millions d’euros en 2011 dont 5,5 millions imputables aux seules oies cendrées. Les dégâts tendent à s’étendre vers le sud des Pays-Bas et maintenant en Belgique, où des destructions doivent également se pratiquer. 
En France 16 000 à 17 000 oies cendrées sont prélevées en France (extrapolation de l’enquête nationale tableau de chasse). Rapporté à la population ouest européenne, ce prélèvement est très faible. Il est également très faible devant les destructions opérées aux Pays-Bas sur la même population. »

Et d’avancer l'article 2 de la directive 2009/147CE du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages : « les Etats membres prennent toutes les mesures nécessaires pour maintenir ou adapter la population de toutes les espèces d’oiseaux visées à l’article 1er à un niveau qui corresponde notamment aux exigences écologiques, scientifiques et culturelles, compte tenu des exigences économiques et récréationnelles ».

Les oies ne sont pas gazés aux Pays-Bas rétorque la LPO

Les associations de protection des animaux sauvages ne l’entendent pas de la même oreille. La Lpo est allée chercher un soutien auprès d'associations de protection de la nature néerlandaises et belges pour démonter point par point les arguments et des chasseurs et du ministère.

Ainsi « la règlementation néerlandaise n’autorise plus le gazage des oies pour des raisons de dégâts aux cultures depuis 2009. Dès cette époque, sous pression de l’opinion publique, cette pratique est dorénavant interdite. La seule autorisation de gazage, qui existe à ce jour, concerne l’aéroport international d’Amsterdam (Schiphol). Elle est justifiée par des raisons de sécurité aérienne et uniquement pendant l’été (juin à août).
En Belgique, il n’y a aucune destruction par gazage des oies sauvages ni de canards siffleurs. Seules existent des opérations de régulation d’espèces invasives (exotiques telles que les ouettes d’Egypte et les Bernaches du Canada) et des oies semi domestiques par le tir et la destruction des œufs (Wallonie) et capture pendant la mue (Flandre). »

En outre, l’étude sur l’écologie des oies avancées par le ministère est celle que le ministère de l’Ecologie a commandé à l’ONCFS et qui se déroule sur 3 ans (2011 à 2014), donc non encore achevée. Enfin selon la Lpo les oies détruites aux Pays-Bas sont surtout sédentaires. « Une étude récente publiée dans la revue Wildfowl démontre que 95% des oies migratrices traversant la France proviennent de Suède et de Norvège. Prolonger la chasse des oies en février ne contribuerait donc pas à réduire les dégâts agricoles provoqués par les oies aux Pays-Bas. De plus, à la connaissance de la LPO, aucune demande de destruction des oies n'a été formulée à la France par les pays concernés. »

La LPO attaquera l'arrêté du ministère de l'Ecologie dè̀s sa parution au Journal officiel devant le Conseil d'Etat. Un Conseil d’Etat qui le 23 décembre 2011 avait déjà été saisi pour cette question de date par les associations alors que le ministère avait déjà repoussé la fermeture de la chasse aux oies à mi février. Le ministère avait alors dû revoir sa copie. Les arguments cette année ne sont peut-être pas les mêmes. Affaire à suivre !

(1) la directive européenne appelée Oiseaux interdit la chasse des oiseaux en pleine migration prénuptiale. Migration où ils regagnent les terres du nord de l’Europe pour nicher et donner naissance à leurs oisillons. Elle est bien sûr transposée en droit français.

Virginie Bhat


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