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Landes : la guerre des ortolans


Mardi 11 Septembre 2012


Cette année encore, les Landes ont été le terrain d'échauffourées entre chasseurs à la matole et les associations de protection des oiseaux. Après le Cabs, c'est la Lpo qui a investi le département à la chasse aux matoles. Pris au piège : les bruants ortolans, une espèce protégée en France depuis 1999.




Une fois de plus, Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux s’est rendu dans les Landes, à la chasse aux chasseurs d’ortolans. Ou braconniers dénonce la LPO puisque le bruant ortolan est une espèce protégée par la loi française depuis 1999.

Mais cette protection juridique n’assure pas à l’oiseau migrateur une protection tout terrain. Dans les Landes, sa chasse est une tradition si bien ancrée que les chasseurs décident souvent de passer outre la loi. Et selon la Ligue, 30 000 ortolans sont capturés chaque année à l'aide de petits pièges (matoles), entre mi-août et mi-septembre, et souvent vendus, après engraissement, pour être consommés par les adeptes. Une pratique lucrative puisque un ortolan peut atteindre à la vente la modique somme de cent euros, dénonce la Lpo.

Le bruant ortolan est protégé en France

Le bruant ortolan est un petit passereau qui niche l’été en Europe. Ainsi, la Suède abrite en période estivale 6000 couples. Cette population est menacée : elle a subi un déclin de 90% ces vingt dernières années. En France, sa population a été classée en 2011 vulnérable pour les oiseaux nicheurs et en danger pour les ortolans de passage (1). Plus globalement, l’Union mondiale de la nature a classé l’espèce dans la catégorie préoccupation mineure de sa liste rouge mondiale.

C’est justement en compagnie du responsable du dossier ortolan au sein de la Société ornithologique suédoise que le président de la LPO a fait une incursion sur les terres landaises. L’équipe a localisé et détruit plusieurs pièges qui auraient pu se refermer sur des ortolans en de nombreux points du département.

Les militants du Cabs sillonnent les Landes à la chasse aux matoles

La semaine précédente, c’était une autre équipe à pied d’œuvre dans Les Landes. Des militants du Cabs, Committee against bird slaughter (1) ont quadrillé le terrain. Ils ont signalé à la gendarmerie l’emplacement de pièges. Mais « les pièges et les ortolans appelants étaient toujours en place trois jours après » explique Andrea Rutigliano, le chef de l’équipe.

Dans leur chasse aux matoles, les militants du Cabs ont découvert 27 sites de capture qui abritaient 679 pièges. Ils ont relâché 80 oiseaux pris. Leurs interventions ont provoqué des remous dans les rangs des chasseurs. A Tartas, une dizaine de véhicules a suivi les bénévoles jusqu’à la gendarmerie. Près de Campagne, les pneus d’un de leurs véhicules ont été lacérés alors qu’ils avaient libéré cinq ortolans peu de temps avant.

Et le Cabs d'expliquer : « Le 2 septembre, en raison des nombreuses plaintes des braconniers et de la violence croissante contre les équipes, le Préfet des Landes, Claude Morel, a demandé dans un courrier aux bénévoles du Cabs de quitter le département. "La lettre nous a été transmise par la gendarmerie qui a ajouté qu’elle ne pouvait plus assurer notre sécurité", précise le président du CABS Heinz Schwarze. Il considère que cette attitude de la part des autorités rend les forces de l’ordre, ainsi que la préfecture, complices ou otages des braconniers.  »

Le Cabs a décidé de remettre un rapport sur cette question landaise à l’Union européenne.

Une étude scientifique serait lancée l'an prochain sur les populations d'ortolans en France

Pour sa part, la Lpo déclare : « Malgré la promesse faîte aux associations par le candidat-Président, François Hollande : "Je soutiens bien évidemment l’interdiction de chasser des espèces protégées et m’inscris en opposition aux pratiques illégales telles que la pose de pièges aux passereaux protégés", le braconnage se poursuit plus que jamais sur le terrain. De leur côté, les chasseurs et les élus locaux déclarent qu’ils détiennent une tolérance validée par le Préfet des Landes.  »

Selon le quotidien Sud-Ouest cette tolérance porterait sur 30 matoles (pièges), 5 appelants et 20 prises par chasseur. La chasse à la matole est une pratique traditionnelle pour les chasseurs ; elle concerne le bruant ortolan, le pinson du Nord et le pinson des arbres, voire l'alouette des champs.

La Ligue a sollicité le préfet du département qui « a refusé de s’exprimer sur ce dossier. La Lpo a porté plainte auprès de la gendarmerie de Saint-Sever pour braconnage. »

« Si l’Etat ne fait pas respecter le droit, la chasse au Bruant ortolan s’arrêtera quand l’espèce, malheureusement, aura totalement disparu » déclare Allain Bougrain-Dubourg.

Cet été les chasseurs ont obtenu du ministère de l’Ecologie qu’une étude scientifique soit menée sur les populations d’ortolans du Sud-Ouest. L’enjeu serait de tracer l’origine géographique des bruants ortolans qui migrent par les Landes. Les chasseurs espèrent ainsi que ces ortolans tant convoités migrent de Russie et de Pologne. Et non de Scandinavie. De fait les populations d’Europe de l’Est ne sont pas aussi menacées que celles d’Europe du Nord... Une raison scientifique qui permettrait de reprendre la chasse au petit passereau ?



(1) Liste rouge des espèces menacées en France du Comité français de l’Union mondiale de la nature et du Muséum d’histoire naturelle de mai 2011

(2) Le Casb a été créé en 1975 en Allemagne. Il compte près de dix mille membres et sponsors en Europe. L’association intervient régulièrement sur les points noirs du braconnage en Europe.




Virginie Bhat


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