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La mondialisation de la viande chevaline


Mercredi 13 Février 2013


Voilà plusieurs semaines que la tromperie sur la viande de cheval (ou de bœuf) plane sur les pays européens. En Irlande et en Grande-Bretagne d’abord. Puis en Espagne et en France. En cause une escroquerie et la traçabilité des produits. Un vaste chantier alors que le marché chevalin est en fait international. Même en France. Quelques clefs et chiffres de la partie émergée de l'iceberg.




Derrière les chiffres, des animaux ©V.B
Derrière les chiffres, des animaux ©V.B
La Roumanie a été désignée à la vindicte. Ce serait un de ses abattoirs qui aurait escroqué les différents maillons de la chaîne de fabrication des lasagnes de Findus, Picard et autres marques. Les lasagnes ont été retirées des magasins. Les autorités françaises remontent la filière et doivent demain après-midi éclairer les consommateurs sur les conclusions de leur enquête.

La crise n’est pas seulement française. Mais européenne. Elle a débuté en Irlande et en Grande-Bretagne pour atteindre l’Espagne, puis la France... Les autorités de l'UE se sont saisies de la question qui ce soir se sont retrouvés pour discuter de la question. Après la réunion des ministres européens à Bruxelles, la Commission a proposé des tests ADN sur les viandes présentées comme bœuf et l’étiquetage généralisé de leur pays d’origine. Un étiquetage déjà obligatoire pour la viande fraîche de bœuf. Il le sera pour l’agneau, le porc et la volaille en 2014. Dès vendredi, les Etats membres examineront la proposition des analyses ADN.

La France est un exemple de la mondialisation du marché de la viande chevaline

La France abat des chevaux lourds et des chevaux de réforme ©V.BV/B
La France abat des chevaux lourds et des chevaux de réforme ©V.BV/B
Comme tous les produits alimentaires, la viande de cheval est devenue l’objet d’un marché international. Les uns exportent, les autres importent pour la transformer et la réexporter. Certains la consomment. La France est un exemple de cet enchevêtrement de marché. Deux exemples : elle importe des chevaux vivants de Belgique et vend à ce pays de la viande chevaline. Avec l’Espagne, elle a développé des échanges d’import export de chevaux vivants destinés à la consommation ! Sans doute ces mouvements commerciaux répondent-ils à des us alimentaires marqués : de la viande rosée pour les uns dont l'Italie, rouge pour les autres dont la France.

Il existe d’abord en France un commerce de chevaux vivants destinés à la boucherie. D’un côté, le pays élève des chevaux lourds pour leur viande. La plupart des quelque 12 000 poulains nés pour la boucherie ne sont pas abattus en France, mais 80% d’entre eux traversent les frontières vers l’Italie surtout et l’Espagne. Là ils sont engraissés avant d’être envoyés dans les abattoirs locaux.

D’un autre côté la France importe des chevaux vivants destinés à la boucherie qui seront tués dans ses propres abattoirs : 2655 en 2011 dont 47% de Belgique et 25% de Pologne.

Enfin, l’Hexagone envoie d'autres chevaux vers ses abattoirs. Des chevaux de réforme surtout que les courses, les concours, les clubs hippiques et les particuliers ne veulent plus. C’est ainsi qu’en 2011 le pays a abattu 16 970 chevaux, de réforme ou poulains lourds.

Le Canada est le principal fournisseur de viande de cheval en France

La France importe 80% de sa consommation en viande chevaline ©V.B
La France importe 80% de sa consommation en viande chevaline ©V.B
Second point : le marché de la viande de cheval. Voilà pour qui l’aime balaie les préoccupations de bien-être animal lors des transports d’animaux vivants. De nombreux scandales ont éclaté à ce sujet, entre les chevaux polonais par camions destinés à l’Europe de l’Ouest ou les chevaux argentins transportés en cargo vers l’Italie...

Côté exportations, la France livre de la viande chevaline à ses pays voisins. Chaque année un peu moins : 5878 tonnes dont près de 49% à la Belgique et 45% à l’Italie. Côté importations, si celles s’amenuisent chaque année aussi un peu plus, elles se sont élevées à 18 891 tonnes en 2011. Ses fournisseurs ? La Roumanie (1) est loin d’être en première ligne ! C’est le Canada qui est son premier fournisseur (22%). Puis l’Argentine (12%) et le Royaume-Uni (12%), la Belgique (10%), l’Uruguay et le Mexique...

L’Hexagone qui importe 80% de sa consommation en viande chevaline est bien un reflet de la complexité du ce marché. Et contrairement à ce que l’on pourrait s’attendre, ce ne sont pas les pays européens les principaux fournisseurs de viande de cheval dans le monde. C’est l’Argentine qui est en première ligne (23 474 tonnes en 2010), suivie par la Belgique (21 897 tonnes) et le Canada (16 062 tonnes). Le Canada a récupéré le marché des Etats-Unis depuis que ces derniers ont fermé leurs abattoirs en 2006. Il n’y a qu’une frontière à passer ! La France occupe la sixième position...

Autre clef du marché : le prix à la tonne à l’exportation. Selon la FAO, la viande australienne a été la plus chère voilà trois ans (6269 dollars en 2010) ; celle de Mongolie la plus abordable (1362 dollars).

Bref, les chevaux sont l’objet d’un commerce international compliqué. Les fraudes sont d’autant plus faciles à s’y immiscer. L’Union européenne aura-t-elle du pain sur la planche à s’y débrouiller ?




(1) La viande chevaline détectée dans les lasagnes provient-elle bien de la Roumanie ? Ce pays où des centaines de chevaux seraient à vendre parce que les paysans n’en ont plus l’utilité. Avec le développement que le pays connaît, les chevaux ne tirent plus les charrettes sur les routes depuis quelques années. En fait, la loi roumaine l’interdit depuis 2007. Six ans se sont déjà écoulés depuis. Selon les statistiques de la FAO, le nombre de chevaux a diminué rapidement et sûrement en Roumanie. Le pays en abritait 834 000 en 2006, 805 000 en 2007, 862 396 en 2008, 820 000 en 2009, 763 988 en 2010 et 610 857 en 2011. En 2010, elle a exporté quelque 5320 tonnes de cheval.

(2) Les chiffres du commerce français sont issus de l'Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes, 2011 ; ceux du commerce international de la FAO, 2010.

Virginie Bhat


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