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Les animaux entre ciel et terres sauvages

La dame blanche des rochers


Vendredi 4 Janvier 2013


Sur les rochers de la côte basque que la marée basse dévoile, une dame blanche parfois se promène. Longue silhouette immaculée dont les plumes gracieuses furent un temps convoitées par la mode. Rencontre avec un drôle d'oiseau.




D'une roche à une autre, la dame blanche virevolte ©V.B
D'une roche à une autre, la dame blanche virevolte ©V.B
Parfois à marée basse, une dame blanche sur des rochers noirs. Non pas une de ces dames blanches, fées de la nuit, qui hantaient les landes, les grottes ou les châteaux dans les temps lointains. Et pourtant son long cou en possède la grâce. Elle n’est pas plus une de ces dames blanches, lavandières au clair de lune qui battaient leur linge au pied des fontaines. Cependant son corps est blanc immaculé. Elle est encore moins une des ces dames blanches, messagères de la mort prochaine. Encore que ! Le pas léger, de roche en roche, elle arpente les eaux salées en quête de sa proie.

L'aigrette a perdu des plumes à l'autel de la mode

L'aigrette garzette parfois indifférente aux silhouettes qui arpentent le sable ensoleillé ©V.B
L'aigrette garzette parfois indifférente aux silhouettes qui arpentent le sable ensoleillé ©V.B
Pupille noire sur iris jaune. Le regard clair et perçant, l’œil tranche sur sa fine tête blanche. La dame est discrètement coquette : elle a paré ses huit doigts de mitaines jaunes. Hommage à son iris. Sur ses longues et graciles pattes noires, elle virevolte. Indifférente à l’écume marine dont la protège son antre rocheux. Sur le sable ensoleillé, des silhouettes bigarrées happent son regard. Leurs courses paralysent la sienne. Un court instant : trop lointaines pour la menacer.

La dame blanche a-t-elle gardé le souvenir de ses aïeux que les hommes déplumaient ? Au bonheur de leurs dames qui convoitaient sa blanche parure. Car il fut une époque pas si lointaine où les chasseurs ont traqué sa famille. Pour de futiles bibis ? A l’aune de la mode, ils ont dépouillé leurs corps étalés à leurs pieds d’à peine quelques plumes. Mais quelles plumes ! Longues, fines et évaporées que ces oiseaux gracieux n’arborent qu’une fois chaque année, au moment de leurs belles amours. Mais les modes sont aussi fugaces que les vagues. Au bonheur de la dame blanche dont l’espèce est désormais protégée en France.

La dame blanche s’appelle aigrette garzette. Son nom n’est plus aujourd’hui maudit. Sa population est stable. Et ce n’est plus la chasse qui en Europe pourrait la mettre en danger. Les risques sont bien autres. Parfois inéluctables : la modification ou la disparition des zones humides qu’elle fréquente.

Le long oiseau fréquente les eaux peu profondes le long des rivières, des fleuves ou des estuaires. Elle y trouve ses proies qu’elle cherche à son ombre. Poissons, crustacés, grenouilles ou insectes, rien n’échappe à son bec long et droit.

Les deux parents de l'aigrette couvent leurs poussins futurs

Un coup de bec dans l'eau, un poisson comme goûter  ©V.B
Un coup de bec dans l'eau, un poisson comme goûter ©V.B
Au printemps prochain, au temps des amours, la dame blanche ira chercher son complice de la vie. L’un et l’autre s’enivreront de leurs parades nuptiales. Leurs plumes, un temps convoitées par l’homme, élégamment ébouriffées.

Puis viendra la construction du nid ; chacun y participera. Dans une zone broussailleuse humide. A moins que le couple n’élise le faite d’un arbre au bord de l’eau. Puis jour après jour, la femelle déposera un œuf. Puis un second... voire un cinquième. Les deux parents couveront les coquilles que les poussins éclateront une vingtaine de jours plus tard. Le duvet des oisillons aura la blancheur du plumage de leurs parents. Mais leur bec et leurs pattes seront roses !

Mais aujourd’hui, l’heure n’est pas encore aux amours. L’aigrette parcourt inlassablement ses roches noires. Derrière elle, l’écume se fait plus dense. La vague plus déferlante. La marée monte alors qu’au loin le Jaizkibel d’un côté, le Rocher de la Vierge de l’autre, s’offrent au regard des promeneurs du sable. Soudain, l’oiseau blanc plonge son bec dans les eaux salées entre deux rochers. Elle en sort une proie frétillante. Les écailles du poisson luisent dans la lumière du soleil. Virevoltante, la dame blanche aux doigts d’or a saisi pitance.

Dans quelques heures l'après-midi touchera à sa fin. Les vagues auront recouvert les rochers de la dame blanche.

Virginie Bhat


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