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L'âne des Pyrénées redore son blason à Pierretoun


Vendredi 31 Mai 2013


Ils ont tiré les charrues dans les champs et porté les paniers des fermiers très longtemps... Mais l'industrialisation a failli effacer les ânes des Pyrénées du massif. A la ferme de Pierretoun, près de la Bastide Clairance, Frédéric Ducazeau est tombé sous leurs charmes et du lait de ses ânesses créé savons et crèmes.




L'ânesse des Pyrénées porte treize mois son ânon ©V.B.
L'ânesse des Pyrénées porte treize mois son ânon ©V.B.
« L’âne têtu ? Laissez-le au fond du pré, toujours seul et sans vous en occuper. Et le jour où vous souhaitez l’approcher, il vous échappera ! L’âne a besoin d’avoir confiance en vous. Mais cette confiance se construit. Quotidiennement. L’âne s’éduque chaque jour ». Autour de Frédéric Ducazeau, une quinzaine d’ânes, d’ânesses et d’ânons des Pyrénées paissent dans les verts pâturages basques. Et quand le ciel tombe sur leurs grandes oreilles, le petit troupeau regagne l’abri de l’écurie.

Frédéric Ducazeau, attaché à sa racines, se laisse séduire par l'âne des Pyrénées

Frédéric Ducazeau tisse une relation de confiance avec ses ânes ©V.B.
Frédéric Ducazeau tisse une relation de confiance avec ses ânes ©V.B.
Frédéric Ducazeau rencontre l’âne des Pyrénées voilà quelques années Dans le domaine familial qui accueille une quinzaine de chalets de vacances, deux ânes font table rase des herbes folles et des broussailles. Deux ânes qui par la suite seront proposés aux résidents pour de belles échappées sur les chemins alentours. Au fil de ses rencontres avec les éleveurs d’équidés, cet ancien ingénieur apprend qu’il existe une race locale, l’âne des Pyrénées ! Très attaché à ses racines, il s’attache alors à la découvrir.

Saga sera la première ânesse des Pyrénées du domaine de Pierretoun. Une, puis, deux, puis trois... C’est alors que germe une nouvelle idée à la ferme. « Outre les balades, quel débouché pouvions développer avec nos ânes ? » C’est vers la cosmétologie que le domaine se dirige. Frédéric Ducazeau s’adresse alors à un maître savonnier landais. Du lait frais tiré des ânesses, se créera toute une gamme de savons et de crèmes. « Ce n’est qu’après que j’ai appris que Cléopâtre en prenait des bains. » s’amuse le maître des ânes.

Un lait qui ne ressemble en rien à celui de la vache. Moins crémeux. Plus aqueux. Mais aussi vertueux. Un lait que chaque visiteur à Pierretoun peut déguster. A peine cinquante décilitres par animal et traite. L’ânesse est frugale en la matière. Il est vrai que l’homme n’a pas touché ses performances pour en faire des usines à lait. Et c’est tant mieux pour son bien-être !

« Nous sommes en production biologique. La conduite de l’élevage demande quelques efforts mais elle n’est pas hyper contraignante, remarque Frédéric Ducazeau. Des engrais biologiques, le foin produit sur l’exploitation... »

Pierretoun, ferme pédagogique, accueille des animaux d'Aquitaine

CInquante décilitres de lit par ânesse et traite... L'ânesse est parcimonieuse ©V.B.
CInquante décilitres de lit par ânesse et traite... L'ânesse est parcimonieuse ©V.B.
« Nous sommes aussi une ferme pédagogique, explique le maître des lieux. Nous avons de nombreuses espèces que les enfants des écoles et des centres aérés ou les familles peuvent découvrir. Nous nous sommes rapprochés du Conservatoire des races d’Aquitaine qui promeut les races locales. Nous suivons donc son fil conducteur : tous les animaux que nous présentons sont d’ici. De la poule Gsconne ou lapin chèvre ! » Une petite entorse : les lamas que les enfants parfois regardent de loin. Intimidés par le port altier de ces animaux-là.

Les ânons se font attendre et désirer : leurs mères les portent treize mois ! « Agés de trois mois, nous commençons à séparer les jeunes des adultes pour pouvoir tirer le lait. Et ce pendant six à sept mois jusqu’à ce que les ânons soient sevrés naturellement. » Trois fois par jour, l’ânier traie les mères, à la main. Un moment d’intimité que l’éleveur apprécie particulièrement. A tour de rôle les ânesses rentrent dans le box. La femelle dominante la première... » Car le troupeau a son code de conduite et sa hiérarchie. « Nous n’intervenons pas. Elles savent qu’elles doivent attendre leur tour ! »

Les ânes des Pyrénées ont aidé les hommes dans leurs travaux

Les oreilles d'âne perdent leur infamante réputation à Pierretoun ©V.B.
Les oreilles d'âne perdent leur infamante réputation à Pierretoun ©V.B.
Dans un pré, une bâche posée à terre. Un rideau de douche monté sur des portants... C’est là que les ânes de Pierretoun prennent leur cours d’éthologie. « Nous y conduisons les jeunes ânes pour qu’ils apprennent à ne pas avoir peur en balade... » Douceur et patience... Les animaux finissent toujours pas franchir les obstacles et vite apprendre. Certains plus lestement que d’autres. « Une semaine avant le concours de la foire de Bordeaux, j’ai mis mors et filet à Belza. Puis le traineau pour l’entraîner à la traction animale. Elle s’y est vite habituée ! Au salon de l’agriculture de Bordeaux elle s’est montrée un peu maladroite, mais elle est arrivée 8e sur 16 ! C’est bien. Pour le prochain concours au haras de Gelos en septembre, elle sera fin prête ! ».

Les ânes des Pyrénées ont failli en leur temps disparaître. Et ce qu’ils fussent d’origine catalane ou gasconne. La première plus haute, plus imposante que la seconde. Mais toutes deux ont ces immenses oreilles, ce regard tendre ajouré de blanc... Superbes animaux qui ont aidé les hommes en leur temps. Aux labours des champs et sur les champs de bataille. Ils ont traîné les charrues et les canons. Ils ont porté les paniers des maraîchers et les enfants pour s’amuser... A Pierretoun ils ont retrouvé leurs lettres de noblesse.

Virginie Bhat


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