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Les animaux entre ciel et terres sauvages

L'aigle royal joue la fille des airs pyrénéens


Lundi 16 Décembre 2013


Cet après-midi dans le val d'Azun dans les Hautes-Pyérénées, un aigle royal a retrouvé sa liberté. Pris la serre dans le sac dans un poulailler un mois plus tôt, trop affaibli pour s'en échapper, le rapace avait été soigné au centre de sauvegarde de la faune sauvage Hegalaldia au Pays Basque. La solidarité des hommes a sauvé l'oiseau.




L'aigle royal retrouve les airs du val d'Azun ©V.B
L'aigle royal retrouve les airs du val d'Azun ©V.B
« Un petite poule noire gasconne ! C'est un fin gourmet ! » Suzzanne Izallier en sourit encore alors que le royal rapace survole le val d'Azun. Tous le regardent évoluer. Les agents du Parc national des Pyrénées qui abrite une trentaine de couples d'aigles royaux observent ses atermoiements. Quelle direction va-il prendre ? Est-il la moitié manquante d'un des trois couples du Val d'Azun ?

Voilà un mois, l'aigle avait perdu sa superbe. Oiseau affaibli qui s'était égaré dans un poulailler d'Aucun dans les Hautes-Pyrénées. Le poulailler de Suzanne et Jacques Izallier justement. Il venait d'engloutir la petite poule noire.

Après avoir avalé une poule noire gasconne, l'aigle ne peut s'échapper du poulailler de Suzanne et Jacques Izallier

Suzanne Izallier et son époux, président de la Société de chasse d'Aucun préviennent les agents de l'Oncfs de la présence de l'aigle affaibli ©V.B.
Suzanne Izallier et son époux, président de la Société de chasse d'Aucun préviennent les agents de l'Oncfs de la présence de l'aigle affaibli ©V.B.
« Ce sont les aboiements de notre chien qui m'a alertée, poursuit Suzanne Izallier. J'ai d'abord cherché une fouine ou un autre petit mammifère. Mais rien. Lorsque je l'ai aperçu dans un des enclos du poulailler. Je me suis approchée pour faire passer la poule rousse... dans le second enclos. Le rapace s'était réfugié dans un coin du premier. » Suzanne Izallier va prévenir par téléphone son époux absent de la maison, président de la société de chasse d'Aucun. Le couple avertit l'Oncfs de la présence du royal animal chez eux. L'intrus est trop faible pour s'envoler.

Lorsque le premier agent de l'Office est arrivé sur les lieux, il avait une boîte en mains. « Bien trop petite pour contenir l'aigle, explique Suzanne Izallier. Il a appelé ses collègues à la rescousse ! » Une fois l'aigle recueilli, les agents de l'Oncfs l'acheminent vers la clinique vétérinaire de Jullian. Le rapace y reçoit les premiers soins pendant quelques jours avant d'être transporté vers Ustaritz au Pays Basque. Il est accueilli par Hegalaldia, le centre de sauvegarde de la faune sauvage, avec qui le parc national des Pyrénées a une convention. Il restera trois semaines. Nourri et logé. Seul en volière. Jusqu'à aujourd'hui : il est fin prêt à s'envoler.

Nourri et logé au centre Hegalaldia, l'aigle royal recouvre ses forces

Dans la volière, Stephan Maury attrapera l'aigle royal soigné par Hegalaldia au filet ©V.B.
Dans la volière, Stephan Maury attrapera l'aigle royal soigné par Hegalaldia au filet ©V.B.
10h30 ce lundi 16 décembre au matin. Sur le centre d'Hegalaldia, Stephan Maury s'empare d'une couverture et d'un grand filet à papillon. L'aigle royal est plus leste que le vautour fauve à échapper à la manutention. L'oiseau ne le sait pas ; mais c'est pour la bonne cause : il va pouvoir jouer la fille de l'air cet après-midi au-dessus du Val d'Azun.

En deux temps trois mouvements, l'homme abat le filet sur sa proie et l'en extirpe aussitôt pour l'envelopper dans le linge. Direction l'infirmerie. Là, Stephan et Céline le baguent. Un peu de désinfectant autour du bec crochu. Les rapaces se blessent facilement dans les volières où ils restent des animaux sauvages.

Il a pris 400 grammes depuis son arrivée commente Stephan Maury alors qu'il pèse l'aigle. 400 grammes c'est peu et beaucoup. Un fait est sûr : les uns et les autres se demandent encore pourquoi l'animal a eu ce gros coup de faiblesse dans le poulailler. Certes il était amaigri, mais il n'était pas atteinte de maladie ni ne portait de blessure.

L'équipe de Hegalaldia le met rapidement dans une cage de transport pour chien. Cage qu'elle installe à l'arrière d'une fourgonnette. Le rapace outragé manifeste son royal mécontentement. Une couverture sur sa caisse de transport lui apportera un peu de calme. Tous les papiers et les autorisations sont dans le véhicule. Départ vers Arrens Marsous dans le département voisin où le parc national des Pyrénées a des bureaux.

A Arrens Marsous, le rapace est impatiemment attendu pour être relâché

L'aigle royal est fraîchement accueilli par un couple de corvidés alors qu'il regagne son territoire ©V.B.
L'aigle royal est fraîchement accueilli par un couple de corvidés alors qu'il regagne son territoire ©V.B.
Deux heures et demi plus tard, Stepahn Maury et l'aigle royal, suivis pas Nenex et Laurent, arrivent sur les lieux de la prochaine liberté. A l'arrière du véhicule, le rapace est calme.

A Arrens Marsous les agents du Parc national des Pyrénées attendent l'équipée basque. La presse locale arrive sur ces entrefaites. Rejointe par les agents de l'Oncfs. Puis les deux bénévoles qui, habitant Pau, aident Hegalaldia à récupérer les animaux sauvages en perdition. puis Suzanne et Jacques Izallier.

Face aux montagnes enneigées, Stephan ouvre la porte de la cage débarquée. Le rapace n'attend pas ; il ne prend aucun pose face aux photographes et s'élance dans les airs. Sa silhouette monte, monte encore plus haut.... Là haut, dans les cieux azur, deux corvidés l'attendent qui piquent sur lui. Le couple noir harcèle l'intrus de leur ciel. Suivi par les jumelles des agents et les zooms des photographes, amateurs d'oiseaux ou journalistes. De longues minutes s'égrainent. L'aigle royal finit par disparaître entre ciel et neige.

Virginie Bhat


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