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Les animaux entre ciel et terres sauvages

Hegalaldia et le Petit Train de la Rhune


Mardi 13 Août 2013


Un milan noir et un vautour fauve, voilà bien d'étranges passagers installés dans le petit train de la Rhune. C'est Hegalaldia qui les a embarqués vers le sommet pour leur nouvel envol. Chaque semaine, l'équipe organise une manifestation en partenariat avec le Petit Train. En mots et en images.




La Rhune a la tête dans les nuages ce matin. Il est 8h30. Le Petit train est déjà sur le pied de guerre. Les premiers visiteurs sont arrivés et pris place sur les banquettes en bois des deux voitures accrochées à la motrice. Le premier convoi est prêt à s’ébranler.
C’est la première fois que certains voyageurs monteront dans un train électrique à crémaillère. Un petit train aux voitures en bois rutilantes qui s’accroche au flanc de la montagne depuis 1924.

Dans un des compartiments, deux grosses caisses camouflées par des couvertures. A leurs côtés, Stephan Maury qui lève le voile : « La plus petite abrite un milan noir. La plus grande un jeune vautour fauve qui a raté son premier vol. Il est plein de puces et de poux ! ». Deux rapaces accueillis cet été par Hegalaldia, le centre de sauvegarde de la faune sauvage installé à Ustaritz, qui les a remis sur pied.

Au pas du petit train de la Rhune, défilent les images de la montagne brumeuse

Dans le brouillard qui enveloppe la Rhune, les pottok paissent tranquillement ©V.B.
Dans le brouillard qui enveloppe la Rhune, les pottok paissent tranquillement ©V.B.
Stephan Maury scrute sceptique les bancs de brouillard qui enveloppent la montagne. « Si le temps se lève, nous pourrons le relâcher... Si le temps se lève... ». Il fait frisquet. Tout le monde a mis sa petite laine.

Trente cinq minutes plus tard, le petit train arrive au sommet de la Rhune. Il a franchi sans défaillir quelque 900 mètres. A 9 km/heure. Une petite vitesse qui laisse tout loisir de regarder les abîmes, les pottok libres dans la végétation ... « Sur la tourbière des Trois Fontaines, vit une petite plante carnivore, la rossolis » comment une voix au fil des mètres arpentés par la machine.

C’est toujours la purée de poix qui accueille le Petit Train de la Rhune. On n’y voit pas à cent mètres. Silhouette fantôme d’une venta un peu plus loin. La grosse caisse sur les épaules, Stephan Maury donne rendez-vous aux passagers sur un plateau à quelques mètres de la petite gare. Il a confié le milan noir à Chantal, une consœur charentaise. Travaillant au centre régional de sauvegarde de la faune sauvage à Torsac, elle est en pérégrination avec une amie au Pays Basque.

Sur le chemin, deux juments baies et un poulain broutent l’herbe. « Oh des pottoks ! » s’exclame une voix. Les uns s’approchent, les appareils photos crépitent. Les trois équidés imperturbables gardent leurs naseaux dans l’herbe. Au lieu du rendez-vous, les marcheurs font demi cercle autour de Stephan Maury et de ses deux caisses. Les enfants assis aux premières loges. Deux jeunes femmes du Petit Train veillent à ce que le demi cercle ne se referme pas. Il faut laisser le champ libre à l’envol des rapaces. Et le brouillard ne se lève toujours pas.

Les jeunes vautours fauves terminent parfois leur envol dans la cuisine

Le milan noir retournera vers l'Afrique pour y passer l'hiver ©V.B.
Le milan noir retournera vers l'Afrique pour y passer l'hiver ©V.B.
C’est le milan noir qui le premier goutera à la liberté recouvrée. Les ailes déployées, il s’enfonce comme une flèche dans les nuages. Vers l’est semble-t-il. « Madrid, ce n’est pas par là ! » s’exclame Stephan Maury. Le milan noir est une espèce migratrice qui passe ses hivers en Afrique. Sa migration vers ses quartiers d’hiver a démarré depuis un mois déjà. Regards émerveillés des enfants. Et les nuages continuent de s’accrocher aux Pyrénées.

« Nous devons attendre que le temps se lève. Plus bas, il y a des lignes électriques, là-bas l’antenne... Nous ne pouvons pas prendre le risque que le vautour ait un accident. C’est un gros bébé tombé du nid. Il a raté son premier vol et est tombé dans une haie. C’est un particulier qui nous a averti de sa chute. Il coupait sa haie quand tout d’un coup il a aperçu la tête du rapace qui en sortait. Un choc ! » Rires de l’assistance.

Il est déjà dix heures. Les minutes passent aussi vite que les volutes blanches et grises dans le ciel. Parfois une trouée bleue laisse passer l’espoir d’une remise en liberté du jeune pensionnaire d’Hegalaldia. Toutes les demie-heures, le Petit train de la Rhune déverse ses passagers qui s’éparpillent sur la montagne. Certains s’arrêtent aux explications de Stephan Maury. D'autres s'arrêteront à l'exposition que Hegalaldia présente sur les vautours à la gare du Petit Train.

« Sur deux mois, nous recueillons entre 30 et 40 jeunes vautours fauves. Ils ratent leur premier envol et atterrissent dans les lieux les plus inattendus : le toit d’un camping car, dans une cuisine... Je vous laisse imaginer l’état de la cuisine après que nous l’avions attrapé... Les jeunes de l’année ont tous un duvet marron autour du cou qui au fil des mois va s’éclaircir. »

Hegalaldia n'enverra pas le vautour au casse-pipe

Chaque semaine, Hegalaldia en partenariat avec le Petit Train de la Rhune organise une animation ©V.B
Chaque semaine, Hegalaldia en partenariat avec le Petit Train de la Rhune organise une animation ©V.B
Et l’animateur d’un jour de répondre aux questions des passagers du Petit Train. De quoi se nourrissent les vautours ? De carcasses. Dans une curée qui compte entre 200 et 300 vautours, il leur faut quinze minutes pour dépiauter une carcasse de brebis. Une demi-heure à une heure pour une vache. De nombreux éleveurs déposent leurs bêtes mortes en montagne pour que les vautours s’en nourrissent. » Et de décrire la chaine alimentaire des trois vautours présents sur le massif pyrénéen : le vautour fauve, le vautour percnoptère et le gypaète barbu. Trois chaînons qui débarrassent la montagne de ses carcasses...

Une demi-heure a encore passé. Les éclaircies n’ont pas tenu leurs promesses. Le vautour fauve tranquille dans sa boîte de transport ne s’envolera pas aujourd’hui au dessus de la Rhune. Stephan Maury ne l’enverra pas au casse pipe sur un pylône en dépit de quelques insistances de promeneurs. « Un ou deux jours de repos, et nous le relâcherons ailleurs » lui promet ce dernier. C’est d’ailleurs là la mission de Hegalaldia. Mardi prochain, c’est un épervier et un autre vautour que le centre remettra en liberté au sommet de la Rhune.

Virginie Bhat


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