xoriburu.info
Les animaux entre ciel et terres sauvages

Hegalaldia en crise


Lundi 4 Février 2013


« Devons-nous fermer Hegalaldia ? » Samedi après-midi, lors de l'assemblée générale du centre de sauvegarde de la faune sauvage installé au Pays Basque, la question qui fâche a été posée. Hegalaldia affronte des difficultés financières qu'elle souhaite résoudre. Elle en a appelé aux collectivités locales. Explications.




Hegalaldia a relâché près de la moitié des animaux sauvages qu'il a accueillis l'an dernier ©V.B
Hegalaldia a relâché près de la moitié des animaux sauvages qu'il a accueillis l'an dernier ©V.B
Hegalaldia a déjà dû se résoudre à licencier Nanex en fin d’année. Les salaires de janvier n’ont pas encore été versés. Faute de trésorerie. Devons-nous fermer le centre ? » Brouhaha immédiat au gaztetxe d'Uztaritz samedi après-midi alors que Hegalaldia tenait son assemblée générale. Les adhérents présents ont sursauté : ils ne souhaitent pas voir la mort programmée du seul centre de sauvegarde de la faune sauvage des Pyrénées-Atlantiques.

Pour autant les membres de l’association n’ont pas éludé la question. Difficile d’ailleurs de se voiler la face : Hegalaldia née des suites de la marée noire du Prestige est à un point critique car la crise peut être sévère. Le bilan que dresse Céline, la directrice générale, est impitoyable : le centre boucle l’année 2012 avec un déficit de plus de 35 000 euros.

L'Etat ne verse pas de subventions directes aux centres de sauvegarde de la faune sauvage

Laurence et Stephan sont les deux capacitaires au centre ©V.B
Laurence et Stephan sont les deux capacitaires au centre ©V.B
« Nous avons invité quatre-vingt communes à une réunion au Conseil général afin de leur expliquer la crise que nous traversons. Sur ces quatre-vingt municipalités, seules dix sont venues ! Et aucun représentant de la sous-préfecture de Bayonne. A toutes nous leur avons envoyées un dossier de financement. La plupart restent silencieuses. » explique l’équipe qui ne comprend plus : « Certaines mairies ont pris la mesure de nos difficultés. Mais les autres ? Nous recueillons les animaux sauvages blessés sur le territoire de leurs communes (1). Ce sont leurs habitants qui nous appellent... Nous leur assurons un service d'intérêt général pour lequel beaucoup refusent de payer. Et portant, nous sommes les seuls habilités à le faire au Pays Basque et en Béarn. Chaque année, il faut nous battre pour obtenir une aide. »

Car c’est bien là le problème d’Hegalaldia : l’argent, le nerf de la guerre. A l’instar des autres centres de sauvegarde de la faune sauvage, Hegalaldia n’a pas de budget pérenne. Si la préservation de la biodiversité est une priorité sociétale, la société n’a pas prévu de financer tous ses aspects et toutes ses actions. Encore moins l’Etat.

« Le ministère de l’Ecologie ne verse pas de subventions directes aux centres de sauvegarde de la faune sauvage » a relevé Stephan, soigneur capacitaire du centre. Des aides indirectes sont prévues pour les espèces qui sont l’objet d'un plan national d’actions. Rien pour les autres. Encore a-t-il fallu taper du poing sur la table pour que les coordonateurs de ces plans remboursent les frais engagés en soins... » .

Les collectivités locales ont subventionné Hegalaldia à hauteur de 61% l'an dernier

Les bénévoles soutiennent l'association goutte que goutte ©V.B.
Les bénévoles soutiennent l'association goutte que goutte ©V.B.
De fait, l’Etat préfère déléguer ces questions-là aux collectivités locales : conseils régionaux et généraux, communautés d’agglomération... et enfin communes. « Chaque année, le Conseil général des Pyrénées-Atlantiques soutient notre mission et nous verse une subvention de 50 000 euros. » rappelle Céline. Et de préciser : « L’année dernière, les subventions des collectivités locales ont représenté 61% de nos ressources (2). La communauté d’agglomération Pau-Pyrénées nous a retiré sa subvention de 5000 euros pour une affaire dont nous ne sommes pas responsables. Les cotisations de nos adhérents constituent 10%, les prestations de service facturées par le centre 25%... Des prestations de service que nous développons pour mieux équilibrer nos ressources. Sans oublier le mécénat des entreprises locales investies. »

En réalité, l’activité des centres de sauvegarde de la faune sauvage repose beaucoup sur les bénévoles. « Soixante-huit bénévoles nous ont aidés l’année dernière. Leur dévouement et leur générosité ont représenté 6 000 heures de bénévolat. Soit le travail de trois salariés sur un an ! » s’est félicitée Céline. Mais les bénévoles, s’ils n’ont pas de certificat de capacité associé à une espèce animale sauvage, ne peuvent pas la soigner. Ce sont donc Laurence et Stephan, salariés de Hegalaldia, qui ont cette mission, détenteurs des autorisations nécessaires. Leur présence permet de maintenir ouvert le centre sept jours sur sept et d'assurer la continuité quotidienne des soins des animaux (3).

Fermer le centre ? Les adhérents d'Hegalaldia ne veulent pas y penser

En dépit des problèmes financiers, l'association tient à maintenir sa mission au service de la conservation de la biodiversité ©V.B
En dépit des problèmes financiers, l'association tient à maintenir sa mission au service de la conservation de la biodiversité ©V.B
« Hegalaldia est l’un des trois plus importants centres de sauvegarde de la faune sauvage de France, plaide Stephan. L'année dernière nous avons recueilli près de mille animaux. Nos installations représentent près de 500 000 euros d’investissements. C’est un bel outil, mais il nécessite des ressources pour fonctionner. Les collectivités ou les fondations sont souvent prêtes à subventionner des projets d’investissements en matériels. Mais pas en fonctionnement ! » Or aujourd’hui Hegalaldia a besoin du second. Pas du premier.

La question a donc été posée à l’assemblée générale et sera pesée par le prochain conseil d’administration nouvellement élu. Licencier les trois salariés et fermer le centre ? Les adhérents présents samedi ne veulent pas y croire : les missions d’Hegalaldia lui sont chevillées au cœur.

Reste une alternative. Privilégier le sauvetage d’espèces emblématiques au détriment – mortel – des autres ? Ou refusr d'accueillir et soigner les animaux sauvages recueillis sur le territoire des communes qui ne contribuent pas à la mission d'Hegalaldia ? Un rude dilemme afin de réduire les dépenses. En attendant que le conseil d’administration tranche, Hegalaldia poursuit son vol (4).


(1) En 2012, un tiers des animaux accueillis ont été trouvés sur l’ACbA, 20% sur Errobi, 19% sur la nouvelle communauté d’agglomération Sud Pays Basque et 10% sur l’agglo Pau-Pyrénées.
(2) 1225 113 euros en 2012
(3) Les salaires ont représenté l'an dernier 66% des dépenses de l'association, les achats (médicaments...) 21%.
(4) Retrouvez demain soir sur xoriburu.info les actions qu'Hegalaldia a engagées l'an dernier et prépare pour cette année.


Virginie Bhat


Dans la même rubrique :
< >

Jeudi 11 Juillet 2019 - 16:09 La huppe fasciée en goguette à Bibi


Nouveau commentaire :
Twitter


Diapo à la Une

Zoom

Le littoral basque voit rouge

Les orages ont renvoyé aux oubliettes l'alerte canicule sur le Pays Basque et donné un coup de balai aux mauvaises particules de nos cieux. Conséquences : la qualité de l'air vire au vert et l'océan voit rouge sur la côte.

26/07/2019




Partager votre site


On marche sur la tête !

Le coq n'était pas en pâte

On aurait bien aimé croire à une fake news, un montage vidéo, mais il va falloir se rendre à l'évidence l'info relayée par les média locaux vendredi ne serait ni l'une ni l'autre. Un jeune pilotari croquant dans le cou d'un coq bien vivant pour en arracher la tête... lors d'un repas de fêtes. Le jeune homme contacté par Mediabask « dit assumer son erreur et être conscient de son mauvais geste ». C'est Daniel Raposo, réprésentant de la Fondation Brigitte Bardot Pyrénées-Atlantiques qui a levé le lièvre. La fondation doit porter plainte pour acte de cruauté sur animaux. Un acte passible de 30 000 euros d'amende et deux ans de prison.



La puce à l'oreille
11/08/2019

Article n°1314

On aurait bien ailé croire à une fake news, un montage vidéo, mais il va falloir se rendre à l'évidence l'info reprise par les média locaux n'est ni l'une ni l'autre. Un jeune pilotari croquant dans le cou d'un coq bien vivant pour le décapiter... Le jeune homme contacté par Mediabask « dit assumer son erreur et être conscient de son mauvais geste ». C'est Daniel Raposo, référent de la Fondation Brigitte Bardot Pyrénées-Atlantiques qui a levé le lièvre. La fondation doit porter plainte pour acte de cruauté sur animaux. Un acte passible de 30 000 euros d'amende et deux ans de prison.


Recherche

La côte basque en images


Inscription à la newsletter

Téléchargement