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Les animaux entre ciel et terres sauvages

Guillemot de Troïl : l'écume sera son linceul


Samedi 22 Février 2014


Des plumes blanches et noires frémissent dans le vent. Sur la grève jonchée des corps de ses compagnons, l'oiseau livre son dernier combat. Contre la vague de cette mer qui l'a nourri.




Balloté par la houle, le guillemot livrera son dernier combat ©V.B.
Balloté par la houle, le guillemot livrera son dernier combat ©V.B.
L’oiseau souffle. Sur le sable battu par la vague, il vient de trouver un repos. Voilà des jours qu’il part à la dérive. Au gré de la houle. Il n’en peut plus l’oiseau, les plumes noires et blanches. Des jours à trainer sur l’océan, l’estomac vide, la gorge desséchée. Des jours à lutter contre l’engourdissement du froid. Des jours à voir s’éloigner ses compagnons d’infortune que les tempêtes ont épuisés.

Il est trop tard dit l'oiseau à la femme qui l'enveloppe

Sur le sable doré qu’un rayon de soleil enfin réchauffe, l’oiseau n’entend plus le vent hurler. Son souffle est tombé. L’oiseau du grand large va peut-être pouvoir enfin se reposer sur cette grève inconnue. Dans la tourmente, ses esprits sont à l’ouest ; il a perdu le nord. Autour de lui, des corps jonchent le sable. Plumes blanches et noires qui sous la brise frémissent. Ses compagnons que leur mer nourricière a crachés.

A quelques pas, une silhouette blanche furète. Elle n’a pas de bec mais quatre pattes. Elle s’approche et se rapproche. L’oiseau ne la reconnaît pas. Là d’où il veut revenir il n’y a que des plumes et des nageoires. L’oiseau sent le danger auquel il fait face. Survivre. Bec et ailes déployés contre gueule béante et poil hérissé. Et derrière le corps à corps, la vague traitresse qui enveloppe l’oiseau dans son écume. Une vague qui ne lâchera plus sa proie. Avide, elle reprend son fétu. Et l’oiseau de nouveau ballote à son gré. Il ne résiste pas : il n’en a plus la force.

Sur le rivage, un regard colle à l’oiseau épuisé. Le corps balancé par la houle à dix mètres de lui. Impuissant. Les secondes passent et se font minutes. Et les minutes se déguisent en heures. Et les vagues s’amusent toujours avec leur proie. Elles se jouent de son corps qu’elles veulent cadavre. D’une écume à une autre jusqu’à ce que l’une d’elles lassée le roule sur le sable. Immobile l’oiseau sur le rivage doré. Plumes noires et blanches détrempées. Et pourquoi soudain ces battements d’ailles. Le corps prisonnier de milliers de grains de sable ?

« Ah ! Vous l’avez ramassé l’oiseau qui voulait sortir de l’eau ? » Emmitouflé dans une serviette, l’oiseau ne bouge plus. Il n’éprouve plus de faim. Il n’a plus soif. Il ne lutte plus à l’engourdissement du froid qui le guettait. Le bec à peine entrouvert laisse échapper la vie. Son œil la regarde s’éloigner. Il part à la dérive de la vague dont l’écume sera son linceul. « Il est trop tard » dit l’oiseau à la femme qui l’enveloppe.

Virginie Bhat


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