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Les animaux entre ciel et terres sauvages

En dépit de la crise, Hegalaldia poursuit son vol


Mercredi 6 Février 2013


Des crapauds écrasés sur les routes alors qu'ils migrent. Des chouettes happées par les camions alors qu'elles rasent les grandes voies... Hegalaldia lance l'opération Stop Impact pour prévenir ces hécatombes. Car en dépit des turbulences qu'elle traverse en début d'année, l'association poursuit son combat en faveur de la préservation de la biodiversité et a défendu son programme 2013 devant ses adhérents lors de son assemblée générale samedi dernier à Ustaritz.




Hegalaldia n'est pas simplement un centre d'accueil et de soins de la faune sauvage ©DDL
Hegalaldia n'est pas simplement un centre d'accueil et de soins de la faune sauvage ©DDL
Qui n’a pas vu sur les routes du Pays Basque ou d’ailleurs des hérissons ensanglantés ? Des crapauds écrasés ? Des chouettes, des blaireaux ou des martres gisant sur les bas-côtés ? La faune sauvage paie parfois un lourd tribut au trafic routier. Le jour pour les uns. La nuit pour les autres.

Routes champêtres ou autoroutes, les voies de circulation blessent quand elles ne tuent pas. « A cette époque de l’année, tous les batraciens sont en pleine migration prénuptiale, a expliqué Stephan Maury d’Hegalaldia lors de l’assemblée générale de l’association samedi dernier au gaztetxe d’Ustaritz. Ils empruntent des couloirs de migration, toujours les mêmes, qui traversent des routes... » Et ils finissent leur vie sous les roues des voitures.

L'opération Stop Impact est lancée

Déjà l'an dernier, Hegalaldia avait expérimenté l'opération Stop Impact ©V.B
Déjà l'an dernier, Hegalaldia avait expérimenté l'opération Stop Impact ©V.B
Une véritable hécatombe ! « Nous étudions actuellement une portion de voie d’à peine 150 mètres à Louhossoa. Nous avons compté cent cadavres de batraciens le premier jour, cent le suivant... Nous ne pouvons rien faire d’autres que les compter : nous n’avons aucune autorisation pour intervenir. »

Mais ces statistiques funèbres déterminent les lieux d’impact entre véhicules et espèces sauvages. Elles permettront par la suite à Hegalaldia de proposer d’autres alternatives aux gestionnaires des routes que la mort programmée des animaux, le dégoût des automobilistes et leur insécurité. Car il existe des aménagements pour éviter ces collisions : panneaux de signalisation pour les plus simples, passages à faune (écoducs), haies d’arbres...

« Sur l’autoroute de Bayonne à Pau, une portion est surélevée par rapport à la campagne environnante. Les rapaces qui partent des champs traversent les voies en les rasant. Ils sont happés par les voitures... Si on aménageait les bas côtés avec de grands arbres, les oiseaux devraient alors prendre de l’altitude et survoleraient l’infrastructure plus haut. Un inconvénient : les hautes futaies attirent les passereaux pour qui l’autoroute deviendrait un danger ! » Les aménagements nécessitent de peser le pour et le contre...

Et c’est justement là l’une des actions programmées de l’association cette année. Nom de code : Stop Impact. L’opération a désormais son site propre. Pour les collisions, elle s’adresse à tous les acteurs de la route : automobilistes, collectivités locales, agences publiques, gestionnaires privés des autoroutes... D’un côté, afin de cartographier les points d’impact sur tout le département des Pyrénées-Atlantiques, Hegalaldia appelle donc ceux qui empruntent les routes à lui signaler leurs observations sur ces collisions. De l’autre côté, en partenariat avec la Sepanso et le Geob, l’association a réalisé une plaquette de sensibilisation destinée aux collectivités locales. Objectif global de Stop Impact : préserver ensemble la biodiversité (1). « Sur ce terrain-là, nous sommes en retard par rapport à d’autres régions comme la Bretagne. »

Hegalaldia : centre de soins et association de protection de la nature

L'association a lancé un plan local d'action pour la  chouette chevette ©Hegalaldia
L'association a lancé un plan local d'action pour la chouette chevette ©Hegalaldia
« Nous ne sommes pas seulement un centre d’accueil et de soins de la faune sauvage (1), a expliqué Céline, directrice générale, devant les membres de Hegalaldia. Hegalaldia est d’abord une association de protection de la nature. Et dan ce cadre, nous avons une action de sensibilisation à l’égard du grand public afin de favoriser la cohabitation entre l’homme et l’animal. »

Un couple d’hirondelles construisant un nid sous le toit d’une maison et au-dessus d’une terrasse, les propriétaires dérangés par les fientes – et on peut les comprendre !- sont prêts à détruire le nid... « Nous devons les sensibiliser à la protection des espèces sauvages ! Enfin nous avons un rôle de renseignements et de conseils sur la faune sauvage. Les particuliers nous appellent souvent pour avoir des informations sur une espèce ou un animal qu’ils ont aperçus. »

« L’année dernière, nous avons assuré de nombreux animations, a expliqué la directrice du centre. Dont plus de six mois au sommet de la Rhune en partenariat avec le Petit Train. » Des animations qui ont rassemblé jusqu’à 500 personnes parfois en été. Un succès qui a incité les deux partenaires à réitérer l’opération cette année. Ces animations ne sont pas gratuites : Hegalaldia assure ainsi des prestations de service qu’il facture. Une façon de diversifier ses ressources financières.

Les actions du centre veulent s'inscrire sur son territoire

Lorsque des oiseaux soignés reprennent leur liberté, l'équipe peut parfois expliquer ce qu'est la protection des espèces ©V.B
Lorsque des oiseaux soignés reprennent leur liberté, l'équipe peut parfois expliquer ce qu'est la protection des espèces ©V.B
Même si l’association traverse une zone de turbulences, elle ne baissera pas les bras cette année. Et dans son chapeau, de nombreuses actions. Les unes proposent à ses adhérents (et non-adhérents) à des balades en campagne et en montagne pour découvrir oiseaux et autres espèces animales. Les autres proposent d’aménager son jardin en faveur de la biodiversité...

Hegalaldia est tant et si bien ancré dans son territoire qu’il a reçu 1400 appels l’an dernier. Soit 3000 heures de conversation téléphonique pour informer ou répondre à un appel pour signaler la détresse d’un animal sauvage. « Nous sommes proches de la population. C’est un devoir d’Hegalaldia de répondre à ses attentes » a justifié Céline devant les membres de l’association.

Et c’est pour cette proximité que le centre organisera en mai prochain son printemps. Trois jours de fêtes et d’animations que préparent des jeunes adultes en service civique. « Nous avons créé un partenariat avec Unis-Cité l’an dernier. Nous le renouvelons cette année. » En dépit de la crise, Hegalaldia entend bien passer l’orage ce premier trimestre.


(1) Les collisions ne sont pas les seuls avatars des aménagements du territoire. La restauration de ponts anciens peut provoquer la mort des chauves-souris qui ont trouvé refuge l’hiver dans leurs anfractuosités...

(2) L’année dernière le centre a accueilli 991 animaux appartenant à 109 espèces différentes. Hegalaldia n’accueille seulement les espèces emblématiques que sont le vautour percnoptère ou fauve, le gypaète, l’aigle ou le milan royal. Voire la loutre d’Europe. Le discret hérisson d’Europe, une espèce protégée, a été l’animal le plus souvent confié aux bons soins du centre. 99 pour être précis, suivis par 89 tourterelles, 76 merles noirs 61 martinets noirs, des goélands leucophées, des vautours fauves... jusqu’à une vingtaine guillemots de Tröll.


Virginie Bhat


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