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Les animaux entre ciel et terres sauvages

D'où vient le python des bracelets-montres ?


Mercredi 5 Décembre 2012


Pour créer des bracelets-montres, des chaussures, des sacs, l'industrie de la mode européenne importe chaque année quelque 350 000 peaux de pythons d'Asie du sud-est. Des serpents élevés en captivité ou capturés dans leurs milieux naturels. Un récent rapport de Traffic et ITC met en garde la filière contre le braconnage et appelle l'industrie européenne à mettre en place un système de traçabilité pour informer les consommateurs d'un commerce durable et légal.




L'Asie du sud-est exporte chaque année quelque 500 000 peaux de pythons ©Liv Caillabet / Traffic
L'Asie du sud-est exporte chaque année quelque 500 000 peaux de pythons ©Liv Caillabet / Traffic
Chaque année, l’Asie du Sud-Est exporte quelque 500 000 peaux de pythons. Destination pour 70% d’entre elles : l’Union européenne. Son industrie du cuir et de la mode transforme ces peaux brutes en chaussures, bracelet-montres, sacs...

Ce commerce est réglementé parce que les populations asiatiques de pythons ne sont pas toujours en bon état. C’est la Cites, Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction qui a mission de le suivre. A l’instar du commerce de quelque 5000 autres espèces animales et 28 000 espèces végétales menacées.

Les pythons asiatiques sont inscrits à l’annexe II de la Cites. En conséquence, l’exportation de ces serpents, morts ou vivants, est soumise à autorisation. Et à des quotas pour chaque pays exportateur.

Deux organisations internationales se sont penchées sur le commerce de cinq espèces de pythons asiatiques. Le Centre international du commerce et Traffic ont voulu étudier son impact sur leurs populations sauvages et leur bien-être lors de leur capture et abattage d’autant que ce commerce a connu une forte croissance ces dernières années.

Le python réticulé est au cœur du commerce de peaux

Selon le rapport (1) que les deux ong viennent de publier, c’est le python réticulé qui est le plus dépiauté. L’Asie du sud-est exporte quelque 340 000 de ses peaux. Ce serpent est l’un des plus longs au monde. Certains spécimens atteignent jusqu’à dix mètres de long. Sa longueur moyenne est de quatre mètres.

Le python réticulé vit dans les régions tropicales. Pour autant il se faufile aisément dans les zones urbaines où les habitants le trouvent régulièrement. Il débusque ses proies la nuit. Il se servira aussi bien parmi les rongeurs sauvages que les poulets de basse-cour.

L’Indonésie et la Malaisie sont les deux principaux pays exportateurs de peaux de pythons, dont la plupart ont été prélevés dans la nature. Récemment le Vietnam et le Laos, dans une moindre mesure, se sont intéressés à ce marché lucratif ; ils exportent surtout des peaux de serpents élevés en captivité.

Et c’est là justement que le bât blesse. L’existence de deux sources de pythons, élevage et nature, compliquent les contrôles. Et les peaux issues de braconnage souvent trouvent une virginité cachées parmi des peaux de serpents dûment capturés ou élevés, et estampillées comme telles.

Les peaux de ces pythons génèrent un chiffre d'affaires global d'un milliard de dollars

Les pythons ne sont pas simplement chassés pour leurs peaux. Leur viande est consommée et leur vésicule biliaire est utilisée en médecine traditionnelle chinoise ©Liv Caillabet / Traffic
Les pythons ne sont pas simplement chassés pour leurs peaux. Leur viande est consommée et leur vésicule biliaire est utilisée en médecine traditionnelle chinoise ©Liv Caillabet / Traffic
« Il apparaitrait que beaucoup de peaux proviennent illégalement d’animaux sauvages, au delà des quotas octroyés avec l’utilisation de faux permis qui blanchit ces peaux, relève Thomas Waller de l’Union internationale de la nature.

Le rapport ne manque pas d’argument. Et il souligne même quelques contradictions. Ainsi, 20% des exportations de peaux de pythons réticulés sont déclarées provenir d’élevages. Or soulignent les auteurs, ces déclarations ne semblent pas crédibles car les coûts d’élevage sont bien supérieurs aux prix de vente sur les marchés.

Les quelque 500 000 peaux de pythons étudiées constituent un marché rentable. De leur élevage ou capture au bracelet-montre ou sac, ce secteur économique représente environ un milliard de dollars, soit 771 millions d’euros ! Si le chasseur d’Asie du sud-est vend le python capturé 35$ (2) à l’abattoir, ce prix moyen représentera à peine 0,5% de la valeur finale d’un sac en peau de python.

Et à chaque maillon de la chaîne, sa plus-value. Ces plus values sont telles qu’elles constituent une forte incitation financière au braconnage, souligne Olivier Cabaillet de Traffic et co-auteur du rapport. Et aux négociants de produire de faux permis d’exportation. »

Les captures de pythons dans leurs milieux naturels pourraient compromettre le renouvellement des populations

Le commerce des peaux de pythons met-il les espèces en danger d’extinction ? Selon les auteurs du rapport, si les captures d’animaux sauvages réduisent les populations locales, il paraît peu vraisemblable pour que le commerce des peaux conduise à l’extinction des espèces.

Pour autant, ils tirent une sonnette d’alarme : les autorités devraient accorder plus d’attention au nombre de captures. Surtout pour le python réticulé car les trois-quarts des femelles prises sont très jeunes. Elles n’ont pas encore atteint leur maturité sexuelle. Trop de captures peuvent compromettre le renouvellement des populations de pythons réticulés.

Enfin les enquêteurs se sont penchés sur les méthodes de mise à mort des pythons. Une question importante aux yeux des consommateurs finaux. L’an dernier en Suisse, des organisations de protection animale avaient dénoncé la cruauté de la méthode utilisée en Indonésie. Le Parlement suisse avait entendu leur voix puisqu’il avait voté en janvier dernier en faveur d’un boycott des peaux indonésiennes. La Chambre Haute suisse ne s’est pas encore prononcée à ce sujet.

L'industrie de la mode devrait mettre en place un système de traçabilité

Le commerce des peaux de serpents apporte des revenus aux populations locales ©Liv Caillabet / Traffic
Le commerce des peaux de serpents apporte des revenus aux populations locales ©Liv Caillabet / Traffic
Or, le rapport émet un avis opposé et appelle la Suisse à abandonner toute idée de boycott. En effet, selon ses auteurs, l’Indonésie utiliserait la méthode d’abattage la moins violente : la destruction du cerveau du serpent.

Selon les pays, les abattoirs utilisent l’asphyxie (Vietnam), la destruction du cerveau (Indonésie) ou la décapitation (Malaisie). La suffocation rend la mort lente. Pour les auteurs, cette méthode peut induire une souffrance inutile comparée à la destruction du cerveau. Ils préconisent cette dernière forme d’abattage. Même avant la décapitation.

Le rapport ne remet pas en cause l’existence du marché des peaux de pythons : il fournit des revenus à de nombreux habitants des pays concernés. Habitants qui capturent, élèvent et préparent les peaux.

Les auteurs s’attachent à faire des recommandations pour que le commerce des peaux de pythons soit « durable ». Ils incitent l’industrie de la mode à implanter un système de traçabilité. Un système qui informerait le consommateur que les peaux proviennent d’un commerce légal et durable.


(1) Le Commerce des peaux de pythons en Asie du Sud-Est
(2) prix constaté en Malaisie en décembre 2011 précise le rapport.

Virginie Bhat


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