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Architecture de verre : le miroir aux alouettes


Lundi 1 Avril 2013


Les oiseaux sont fins stratèges. Pour échapper aux serres d'un épervier, une tourterelle l'a conduit droit dans une baie vitrée. Le rapace n'y a vu que du feu, trompé par les paysages qui se réfléchissaient dans les vitres. Explications en ce premier jour d'avril.




Les baies vitrées réfléchissent la nature qui les entourent ©V.B
Les baies vitrées réfléchissent la nature qui les entourent ©V.B
« Nous avons entendu BAM BAM, et on les a trouvées les deux par terre, assommées au pied de notre baie vitrée ! » A terre donc, la proie et son prédateur. Ce couple d’Arcangues n’a pas perdu de temps et s’est précipité vers Ustaritz, au centre de sauvegarde de la faune sauvage Hegalaldia.

Voilà donc la tourterelle libérée des serres de l’épervier. L’oiseau récupère, soignée par le centre. A l’instar du rapace aussi sonné qu’elle par l’aventure. Dans sa fuite éperdue, la proie aurait-elle voulu être fine mouche et fin stratège à tendre un piège à son poursuiveur ? Aurait-elle foncé sur la baie vitrée, consciente du choc qui allait suivre ? Et aurait-elle raté elle-même sa sortie ? Poisson d'avril ! L’accident est bien réel et bien involontaire, relaté par Hegalaldia sur sa page Facebook.

Même l'homme se casse le nez sur les vitres trop propres

Les oiseaux ont une vue différentes des êtres humains ©V.B
Les oiseaux ont une vue différentes des êtres humains ©V.B
En effet, souvent les oiseaux se prennent au filet des baies vitrées. Petites ou grandes. Fenêtres ou façades d’immeubles. Abris de bus ou murs antibruit de verre. Le verre qui constitue un piège à triple ressorts : transparence, réflexion et lumière. Le verre provoque des hécatombes parmi les oiseaux qui lancés à pleine vitesse, s’y cognent. Au pied de certains édifices, des petits tas de plumes. Témoignages ténus des victimes du verre. L’homme lui même parfois s’y trompe qui s’y casse ne nez. Alors en plein vol...

Les oiseaux ont bien une vue différente des êtres humains. « L’orientation chez les oiseaux est surtout visuelle. Leurs yeux sont très développés et indispensables à leur survie, explique la station ornithologique suisse de Sempach qui s’est penché sur ces collisions mortelles. Chez la plupart des espèces, les yeux sont situés sur les côtés de la tête. Cela leur permet une vue avec un angle très large. Certaines espèces voient même à 360°. Ils peuvent ainsi reconnaître beaucoup plus vite des ennemis en approche ou des congénères. Il y a toutefois un désavantage : seul un angle assez restreint est couvert par les deux yeux en même temps. »

Pour autant ce n’est pas une déficience de leur vue qui conduisent les oiseaux à tamponner sans discernement les verres. C’est juste qu’ils n’ont pas créé cette matière. Et « l’évolution ne les a pas préparés au danger des surfaces de verre » relève l’ong, pleine de bon sens.

Transparence, réflexion, lumière... le verre piège les oiseaux

Dans la réflexion d'un paysage, l'oiseau y fonce droit  ©V.B
Dans la réflexion d'un paysage, l'oiseau y fonce droit ©V.B
La cause la plus connue pour les collisions avec le verre est sa transparence. L’oiseau voit à travers la vitre un arbre, le ciel ou un paysage qui lui convient. Il s’y dirige par le chemin le plus direct et entre en collision avec la surface vitrée. Plus la vitre est transparente et plus sa surface est grande, plus le danger de collision est élevé, explique l’association qui a travaillé avec des entreprises du bâtiments et des architectes pour trouver des solutions à ces miroirs aux alouettes.

Et les experts de la station ornithologique de poursuivre : « Le deuxième phénomène est la réflexion. Selon le type de vitre, l’éclairage et les conditions à l’intérieur du bâtiment, l’environnement est plus ou moins fortement et fidèlement réfléchi. Dans la réflexion d’un parc, l’oiseau croit reconnaître un environnement favorable. Il s’y dirige, sans réaliser que ce n’est qu’un reflet. Des miroirs placés dans le paysage ont le même effet. »

Enfin, un autre phénomène moins connu est la désorientation des oiseaux migrateurs nocturnes en raison des sources de lumière artificielle. Attirés par les lumières des villes, les animaux y perdent l’orientation et dévient de leur trajectoire au mieux. Au pire, ils entrent en collision avec les gratte-ciels de verre de plus en plus hauts.

Le brouillard et le mauvais temps décuple cette désorientation animale. Les oiseaux migrateurs sont attirés par la lumière et entrent en collision avec les bâtiments ou les sources de lumière. Le danger des collisions avec le verre est présent pratiquement partout.

Des mesures simples dissuadent les oiseaux de se prendre aux filets du verre

Transparence du verre, plaisant pour les yeux humains, mortel pour ceux des oiseaux ©V.B ©V.B
Transparence du verre, plaisant pour les yeux humains, mortel pour ceux des oiseaux ©V.B ©V.B
Des solutions existent qui préviennent les oiseaux des obstacles. Aux balbutiements de ces armes de dissuasion, des silhouettes d’oiseaux à coller sur les grands vitrages. Colorées, car noires l’expérience a montré que les oiseaux n’y sont pas si sensibles.

« Si la surface vitrée existe déjà, seul un marquage le plus contrastant possible avec l’environnement et couvrant toute la surface, apporte une protection suffisante, prévient l’Association pour la protection des animaux sauvages, l'Aspas, qui relaie en France les conseils suisses. Des bandes verticales autocollantes, larges de 2 cm et espacées au maximum de 10 cm les unes des autres (ou 1 cm de large pour un espacement de 5 cm au max.) sont très efficaces (7, 8, 9), etc. »

Et de conseiller : « En prévention, avant de poser une surface vitrée qui représente un danger pour les oiseaux, demandez-vous : la vitre doit-elle vraiment être transparente ou fortement réfléchissante ? Une protection mobile, utilisée seulement en cas de nécessité, pourrait-elle suffire (par exemple protection contre le vent) ? Autant de questions qui trouvent leurs réponses dans l’industrie du verre : « vitres nervurées, cannelées, dépolies, sablées, corrodées, teintées, imprimées (3, 4, 5, 6), verre le moins réfléchissant possible (degré de réflexion max. 15 %), verre opaque, de cathédrale, pavés de verre ou plaques alvéolaires... »

La station ornithologique suisse de Sempach a édité un site Internet et deux brochures à l’attention des spécialistes et des communes. Certaines villes ont pris la mesure du phénomène. Car selon les quelques études réalisées, au moins un oiseau se casse le bec et tombe, mort, au pied de chaque bâtiment chaque année. Et lorsque les oiseaux paraissent sortir indemnes du choc, des lésions internes se déclarent une fois sur deux par la suite. Presque toutes les espèces d’oiseaux sont concernées, y compris des espèces rares et menacées. Un peu de prévention donc !

Virginie Bhat


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