Les animaux entre ciel et terres sauvages

Prestige : le Pays Basque au chevet des oiseaux


Mardi 6 Novembre 2012


Le 19 novembre 2002, le Prestige sombre face à la Galice. La marée noire happera dans ses entrailles des milliers d'oiseaux. A Biarritz, un centre de premiers secours aux oiseaux marins est installé au Musée de la mer. Stephan Maury de l'association Hegalaldia se souvient.




Le centre de Biarritz accueillera 1631 oiseaux de mer pris dans le piège de la mer noire ©V.B
Le centre de Biarritz accueillera 1631 oiseaux de mer pris dans le piège de la mer noire ©V.B
Novembre 2002, le golfe de Biscaye va connaître une nouvelle vague noire. Le 19 de ce mois, la tempête souffle, le Prestige en perdition fait naufrage au large des côtes de Galice. Sur la côte basque, les premiers oiseaux englués par la nappe de pétrole qu’a déversé le navire s’échouent dès le 10 décembre.


Heureusement, les hommes sont sur le pied de guerre, prêts à leur porter secours. « Nous sommes arrivés sur la côte quelques jours après le naufrage, se souvient Stephan Maury. Envoyés par l’Union française des centres de sauvegarde de la faune sauvage qui avait déjà créé une cellule de crise marée noire. La mission est d’envoyer auprès des associations locales de protection de la nature le personnel qualifié pour former leurs membres au sauvetage des animaux et de leur prêter le matériel nécessaire. Cette première mission achevée, nous restons ou partons, en accord avec elles. »

En 2002, Stephan Maury habite en Bretagne et travaille déjà dans un centre de sauvegarde de la faune sauvage. Il connaît bien les vagues noires chargées d’oiseaux qui s’y débattent. Trois ans plus tôt, en décembre, le pétrolier Erika coulait au large de Penmarc’h dans le Finistère et son fuel allait souiller plus de 400 km de côtes bretonnes. Plus de 150 000 oiseaux y ont péri.

Car sur l’eau les nappes de mazout sont des miroirs aux alouettes : « ces nappes ont un effet de lissage : ces zones paraissent plus calmes que les autres aux yeux des oiseaux lorsque la tempête souffle. Ils vont s’y poser pour prendre du repos ! Et ils s’y engluent. » Aux Etats-Unis ils ont mis en place un système d’effarouchement des oiseaux lors des marées noires : ils placent des balises près des nappes pour les effrayer. »

Trois centres de stabilisation sont montés dont un au Musée de la mer à Biarritz

Chaque jour, les flots livreront leurs déchets souillés sur les plages basques  ©V.B
Chaque jour, les flots livreront leurs déchets souillés sur les plages basques ©V.B
« Nous avons d’abord pris contact avec les autorités locales et l’association Hegalaldia qui à cette époque-là était installé à Uhart-Cize. Après avoir fait un état des lieux, nous sommes retournés en Bretagne pour acheminer sur la côte basque le matériel nécessaire au sauvetage des oiseaux. Nous nous sommes d’abord installés dans un hangar à Anglet. Une semaine. Puis le musée de la mer nous a accueillis sur le plateau de l’Atalaye. »

Sur le littoral aquitain, le réseau de sauvetage s’appuie alors sur trois centres de stabilisation où les oiseaux recevront les premiers soins : Biarritz, Seignosse dans les Landes et Arès sur le bassin d’Arcachon. Car avant même de nettoyer les oiseaux de la glue pétrolifère, les hommes doivent leur laisser le temps de récupérer.

Plus vite l’oiseau impacté par le mazout gagne la côte et est récupéré, meilleures sont ses chances de survie. « Les oiseaux englués comme des blocs de charbon cherchent tout de suite refuge sur le littoral. A contrario de ses congénères qui ne seront très touchés, poursuit Stephan Maury. Un centimètre carré de mazout sous sa ligne de flottaison, et l’oiseau reste en mer. Mais au fil des jours il va s’épuiser, perdre du poids et tomber en hypothermie. » Un centimètre carré, une épée de Damoclès sur les ailes de l’oiseau.

Plus de 400 bénévoles se mobilisent pour sauver les oiseaux du mazout du Prestige

Dans un premier temps les oiseaux mazoutés doivent retrouver des forces explique Stephan Maury  ©V.B
Dans un premier temps les oiseaux mazoutés doivent retrouver des forces explique Stephan Maury ©V.B
« Le démazoutage provoque un stress extrême chez les oiseaux. Ils perdent beaucoup de poids pendant l’opération. Aussi pour ne pas mettre leur vie un peu plus en danger, les équipes s’assurent que les animaux ont assez de poids pour supporter l’intervention. Chaque espèce a un poids de tolérance différent. La mission des centres de stabilisation est justement de s’assurer que les oiseaux en hypothermie retrouvent une température corporelle normale, autour de 40°C. Et du poids pour ceux qui en ont perdu. Nous soignons les oiseaux blessés... débarrassons les becs obstrués par le pétrole. »

Sur la côte basque plus de 400 bénévoles se mobilisent pour porter secours aux victimes animales de la marée noire. Les uns vont arpenter les plages et recueillir les animaux de la marée noire. Les autres travaillent au centre de stabilisation de Biarritz où les pièces de soins sont ventilées et chauffées. Les hommes et les femmes qui interviennent sont masqués de la tête aux pieds pour échapper aux risques de pollution. Ils portent masques, gants et combinaisons. « Une mobilisation que nous ne pouvons pas oublier. Nous avons formé une famille pendant trois mois. Certains bénévoles ont souffert de la séparation après ces trois mois.  »

Les oiseaux mazoutés s’échouent au fil des jours à partir de décembre. Beaucoup arrivent par vagues, entre début janvier et mi février. Soit un à deux mois après le naufrage du Prestige. Question de vents, de courants marins et du degré de pollution qui souille leurs plumes.

Hypothermie, becs souillés, poids... le centre biarrot pare au plus urgent

En combinaison, d'autres équipes ratissent les déchets noircis par le pétrole échoués sur les plages basques ©V.B
En combinaison, d'autres équipes ratissent les déchets noircis par le pétrole échoués sur les plages basques ©V.B
« En trois mois nous avons recueillis 1631 oiseaux, poursuit Stephan Maury, appartenant à 22 espèces différentes. Dont 1228 guillemots de Troïl, 174 macareux moines, 94 pingouins Tordas, 39 fous de Bassan... Sur les 1631 oiseaux, 528 étaient vivants. »

A leur arrivée au centre de Biarritz, les équipes parent d’abord au plus urgent : hypothermie, becs souillés, poids... les oiseaux bagués pour un suivi individuel prennent place dans des box, sur filet pour éviter que leurs pieds ne trainent dans leurs fientes. Les plus faibles sont hydratés et nourris trois fois par jour par tubage ; les mieux portants s’alimentent à satiété de poissons entiers. Le centre est une vraie fourmilière silencieuse pour le bien-être des rescapés. Une trentaine de personnes s’y relaient.

« Sur les 528 oiseaux recueillis vivants 234 ont pu être envoyés au lavage dans des conditions favorables (température et poids) soit 44,3 %, explicite Jean Claude Vignes dans un document synthétique sur les opérations du centre de stabilisation de Biarritz. Si l’on exclut les premières 24 heures qui comptent environ 60 % des pertes sur le Centre touchant les oiseaux moribonds en forte hypothermie, la survie atteint 77%. Les séjours des victimes dans le Centre sont compris le plus souvent entre 1 et 12 jours, en moyenne 4,4 jours.

Lorsque les rescapés ont recouvré les forces vitales à Biarritz, ils sont au début de la crise du Prestige acheminés vers l’Ecole vétérinaire de Nantes qui nettoiera leurs plumes du poison noir. Mais les échouages s’accélèrent dès la fin décembre aussi les responsables envisagent de monter une autre structure de démazoutage plus proche des trois centres de stabilisation.

Peu d'oiseaux survivent à une marée noire

A Pouyedessaux, douze piscines permettront aux oiseaux de refaire leur plumage nettoyé du mazout ©V.B
A Pouyedessaux, douze piscines permettront aux oiseaux de refaire leur plumage nettoyé du mazout ©V.B
« C’est le centre d’élevage de la Fédération des chasseurs des Landes qui va l’accueillir, à Pouydesseaux, près de Mont-de-Marsan. Nous n’avons pas trouvé de lieu plus proche de la côte, rappelle Stephan Maury. L’unité mobile de soins pour oiseaux mazoutés de l’association Bretagne vivante s’y installe. Sa logistique est lourde : douze piscines, deux blocs de lavage... L’oiseau marin est le plus difficile à soigner. Le stress baisse leur immunité. Les pattes du guillemot de Troïl gonflent. Le bréchet du plongeon s’ouvre ; il faut le protéger ! Sur terre, les oiseaux marins sont aussi confrontés à l’aspergillus, un champignon qu’ils ne connaissent pas en haute mer. Et plus on rentre dans les terres, plus les taux de présence de ce champignon sont importants... Un autre facteur de risque pour les oiseaux rescapés ! »

Sur le littoral aquitain, les bénévoles ont récupéré 2769 oiseaux, dont 1039 étaient encore en vie. De Pouydesseaux, quelques 300 oiseaux ont été relâchés. Et Stephan Maury de reprendre : « Trois cents, c’est le nombre d’oiseaux marins qui peuvent être pris au piège par un trait de chalut en haute mer. Un an après, peu des oiseaux que nous avons sauvés auront survécu, soupire Stephan Maury. Les statistiques de survie après une année d’oiseaux mazoutés atteignent à peine 1%. Tant d’efforts pour un tel résultat ! Trois cents ! Plus les oiseaux sont petits, plus ils sont fragiles. En Afrique du Sud, les unités de secours sont parvenues à sauver 85% des manchots du Cap confrontés à une marée noire. Mais les manchots du Cap sont bien plus résistants que les guillemots de Troïl. »

A chaque marée noire, les secouristes de la faune sauvage affinent un peu plus leur système d’intervention et leurs techniques. Avec l’espoir affiché que les hommes préviennent les catastrophes. Marée noire et dégazage... les oiseaux paient un lourd tribut.


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Virginie Bhat




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