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Prestige: St Jean de Luz et Bidart témoignent


Jeudi 21 Mars 2013


C'est dans l'enceinte du tribunal de Bayonne que deux maires basques ont évoqué les maux que leurs communes ont subi lors de la marée noire du Prestige. Peyuco Duhart, édile de St Jean de Luz et Emmanuel Alzuri, premier magistrat de Bidart ont témoigné devant les juges de la Corogne par visioconférence !




©V.B
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« Jurez-vous de dire la vérité ? » Ce matin, au tribunal correctionnel de Bayonne, deux élus du Pays Basque ont prêté serment. A leurs côtés, Pierre Santi, avocat au barreau de Pau. Face à eux, un écran plat et un discret micro. Ce n’est pas devant la justice française que Peyuco Duhart, maire de St Jean de Luz, et Emmanuel Alzuri, maire de Bidart, se sont présentés à 9h30. Mais devant le tribunal de La Corogne en Galice. Depuis octobre dernier, les juges examinent l’affaire du Prestige.

St Jean de Luz et Bidart sont les deux cités basques à demander réparations lors de ce procès

Dix ans ont passé depuis le sombre naufrage du bateau. Dix ans avant que le procès ne se déroule. Mais les deux maires de la côte basque n’ont pas voulu lâcher prise et ont poursuivi l’action en justice engagée au nom de leur commune.

St Jean de Luz et Bidart ne sont pas les seules villes du littoral basque souillées par les hydrocarbures. Pour autant, leurs maires seront les seuls élus des Pyrénées-Atlantiques à faire valoir leurs droits à réparation lors de ce procès qui devrait s’achever avant l’été. Et c’est par visioconférence qu’ils y témoigneront. Une procédure que connaît bien le tribunal bayonnais.

« Je jure de dire la vérité » ont répondu, chacun leur tour, Peyuco Duhart et Emmanuel Alzuri devant la caméra. Et les deux maires d’expliquer l’un après l’autre les préjudices subis par leur commune respective dès que les boulettes noires ont échoué sur leurs plages. A St Jean de Luz le 6 janvier 2003. A Bidart le 28 janvier 2003.

« La commune voit donc ses plages fermées par arrêté préfectoral du 31 janvier 2003, a témoigné Peyuco Duhart, et doit procéder aux opérations de nettoyage durant toute l’année. Jusqu’en novembre 2003. Le nettoyage des plages et côte a été réalisé selon les prescriptions du plan Polmar et a nécessité pour la commune la mobilisation des agents municipaux, des associations et des services de secours, l’acquisition de matériel spécifiques, et le recours à des entreprises pour transporter les déchets récoltés vers les sites de traitement. » Chaque jour, St Jean de Luz a mobilisé 60 personnes dont le travail global a représenté 10 000 heures ! Elles ont ramassé près de 500 tonnes de déchets qui ont été ensuite traitées en Gironde.

Le Prestige, préjudice économique, écologique et d'image

Et le maire de St Jean de Luz d’égrainer les coûts. Chiffres implacables. Les opérations de nettoyage ont fini par coûter 517 726,19 euros à la commune. Un trou dans les comptes que les dommages versés au titre du Fipol (1) et du plan Polmar n’ont pas suffit à combler. St Jean de Luz a perçu 56 466,82 euros au titre du premier en 2008 et 83 542 euros dans le cadre du second en 2003.

La marée noire n’a pas simplement pollué les plages, elle a porté atteinte à l’environnement côtier et a dissuadé certains touristes d'y poser leurs serviettes. « Une perte de fréquentation a également des conséquences fortes pour l’économie locale dans son ensemble : accueil touristique et restauration, pêche et commerce de détails » a rappelé Peyuco Duhart. De fait, l’office de tourisme de la cité a relevé une baisse des nuitées marchandes de près de 10% entre 2002 et 2003.

« Le naufrage du Prestige a eu un impact réel et quantifié sur la commune de St Jean de Luz, a conclu l’édile. Des coûts de nettoyage […], mais au delà, un véritable préjudice écologique avec une atteinte au littoral côtier de la ville qui est un site naturel classé, et enfin un préjudice d’image avec une baisse de fréquentation, et une atteinte à la renommée de notre commune touristique ».

Sur les plages de Bidart, les hommes ramassent 360 tonnes de déchets !

Les boulettes noires du Prestige n’ont pas plus épargné Bidart et ses cinq kilomètres de côtes. Services municipaux, pompiers... les hommes ont travaillé 6000 heures à nettoyer les plages de la commune a expliqué à son tour Emmanuel Alzuri qui n’a pas manqué de citer les chiffres clefs : 360 tonnes de déchets... 295 024,32 euros de préjudice au regard des coûts engagés par sa ville voilà dix ans.

Et le maire de Bidart de rappeler à son tour l’impact économique sur le littoral basque. La commune a subi une baisse de 20% des recettes générées par la taxe de séjour. Et la Chambre de commerce et d’industrie de Bayonne l’a constaté le 17 avril 2003 : « baisse importante de 45% du taux d’occupation depuis le mois de janvier dans les résidences de tourisme, de 15 à 30% dans l’hôtellerie, de 20 à 40% dans les campings. Sans compter une chute de 80% du chiffre d’affaires des activités de surf pendant les vacances de Pâques... »

Dans la salle de conférence du tribunal de Bayonne, les deux maires basques ont témoigné des maux qui ont déferlé sur leurs villes et leurs administrés en cette année noire 2003. Le tribunal de La Corogne ne leur a posé aucune question. Ni demandé aucune précision. Il est vrai que la justice galicienne a en mains leurs lourds dossiers juridiques préparés et envoyés là-bas voilà cinq ans.

L’écran est désormais noir. Dans quelques semaines, les juges galiciens entendront les plaidoiries des avocats. Pierre Santi se rendra donc en Galice pour représenter Bidart et St Jean de Luz. Au nom de ses clients, outre le préjudice économique, il demandera réparation pour l’atteinte à la renommé des deux cités basques. Un préjudice qui pourrait s’évaluer à quelque 3 millions d’euros pour Bidart et 5 millions d’euros pour St Jean de Luz.


(1) Fonds d’indemnisation pour les dommages dus à la pollution d’hydrocarbures

Virginie Bhat




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