Les animaux entre ciel et terres sauvages

Le repos du vautour


Mercredi 29 Août 2012


Alors que les cigognes tournoient dans les cieux basques, le promeneur s'arrête : en face de lui un tas de branches. Mortes. Un pas. Deux pas. Les ramages noirs, bruns et blancs prennent alors corps...




L'oiseau déploie ses ailes en un vol silencieux ©V.B
L'oiseau déploie ses ailes en un vol silencieux ©V.B
Le promeneur perçoit quelques caquetages au loin que les cris des corneilles souvent recouvrent. Les cigognes blanches font toujours le pied de grue sur leur terre promise. Elles y attendent que pitance arrive. Certaines virevoltent haut dans le ciel. Elles paraissent aspirées par les courants chauds qui baignent le Pays Basque. Si elles n’étaient pas blanches et noires, si leur silhouette n’était pas ce qu’elle est, elles paraîtraient des vautours tournoyant haut dans le ciel. Avec des si, le promeneur aime à rêver...

Il déambule lentement sur le pâturage que son propriétaire a fauché. Son regard s’égare sur les collines où bosquets succèdent aux prairies. Le chaume crisse sous ses pieds. Dans l’herbe assoiffée, quelques plumes que son chien respire âprement.

Des branches jetées dans les herbes fauchées

Avec des si, les cigognes seraient des vautours... ©V.B
Avec des si, les cigognes seraient des vautours... ©V.B
Soudain, son regard se fixe sur quelques branchages jetés au sol. Des branches feuillues au beau milieu de cette prairie fauchée ? Spectacle incongru. Le promeneur reste perplexe. La curiosité le saisit. Et ses pas machinalement l’amènent vers ce qui ressemble encore à un tas de bois. A ses basques, son chien le nez au vent qui soufflète aujourd’hui.

Au fur et à mesure qu’il s’approche, les branches se disloquent. Elles deviennent ramages noirs, bruns et blancs. C’est un corps qui se dessine alors. Un corps d’oiseau. Sans tête. Ni pattes. Les ailes ramassées le long des flancs. De longues plumes. Très belles plumes d’un oiseau sans vie. Des plumes semblables à celles du rapace qui vole au-dessus de lui.

Le corps est grand. Enveloppé. Bien grand pour être un de ces milans qui les ailes déployées quadrillent le ciel au-dessus de sa tête. Alors qui ? Le promeneur se tient à deux mètres maintenant du tas de plumes. Le rapace, car il en est sûr : ces plumes ne peuvent appartenir qu’à un rapace, quelle mort a fauché ce rapace ?

Son chien enfin réagit. Il se tient sur ses ergots ; il aboie. Sa voix percute le silence tranquille de cette campagne. Un aboiement aussi incongru que ce corps d’oiseau sur l’herbe fauchée. A-t-il été blessé ? A-t-il été malade ?

Le vautour dédaignera les deux importuns

Le vautour s'éloigne des importuns ©V.B
Le vautour s'éloigne des importuns ©V.B
L’animal à quatre pattes qu’est son chien n’avance plus. Le promeneur s’approche d’un pas. Encore un autre. Un froissement dans l’herbe coupée. Deux yeux le fixent. Lui. Puis son chien. Un bec crochu. Un cou blanc se déploie. Ce corps sans vie prend des allures de vautour ! Est-il blessé pour rester là couché dans la prairie jaune ? Le promeneur reste sans voix. Son chien en pousse pour lui.

Le corps de l’oiseau s’anime. Un bond. Il fait face aux deux mammifères qui l’ont dérangé. Le promeneur a le souffle couplé. Son regard vacille du chien au vautour. Un pas en arrière. Un nouveau bond. L’oiseau s’éloigne d’un mètre. Le trio semble se jauger. Un autre mètre. Le vautour dédaignerait-il ces deux importuns ?

Le promeneur reste là. Les bras ballants. Epoustouflé par la beauté de l’animal. Mieux ému. Son chien s’alarme. Son bras gauche se tend pour arrêter la course que le quadrupède n’a pas entamée. Le bras droit reste inerte. Dans la main, un appareil photo. Si l’outil est reflex, le promeneur ne l’est décidément pas. Il n’en loupe pas une : sauf à immortaliser sur sa carte mémoire ces secondes magiques.

Un autre bond. Le vautour s’est déjà retourné face au vallon. Et le lourd corps déploie ses ailes et prend son envol. Un battement. Un second, il remonte vers les cigognes haut dans le ciel. Il ne les rejoindra pas dans leur lente volute. Il leur tourne le dos. Un dos que le promeneur parvient au moins à immortaliser. A ses pieds, son chien se vautre dans l’herbe coupée où l’oiseau reposait. Le promeneur n’a pas rêvé.

Virginie Bhat




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