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Le Roi Juan Carlos paie cher son safari


Mercredi 18 Avril 2012


La semaine dernière le Roi Juan Carlos a séjourné au Botswana pour un safari. Il devait participer à une chasse à l'éléphant. Depuis les critiques fusent.




L’aventure du roi d’Espagne au Botswana fait des vagues. Le roi Juan Carlos s’était rendu la semaine dernière dans ce pays africain pour participer à un safari à l’éléphant. Non pour tirer quelques portraits des pachydermes. Mais tirer à balle réelle sur l’un d’eux dans le cadre d’une chasse.

Pendant son séjour au Botswana, le roi d’Espagne a eu un accident et s’est brisé la hanche. Il a été rapatrié à Madrid. Il est soigné dans un hôpital de la capitale espagnole. L’accident a attiré l’attention sur ce safari – qui peut coûter 35 000 euros selon le Partido Animalista, alors que le pays est en pleine crise économique. Et depuis, des réactions fusent.

La chasse aux trophées est autorisée au Botswana

A l’échelle de son continent, l’éléphant d’Afrique ne va pas bien. Au fil des ans, sa population a chuté. Selon les estimations elle compte entre 470 000 et 690 000 individus. C’est la raison pour laquelle l’espèce est protégée depuis 1989. Cette année-là elle a été classée à l’annexe I de la Convention de Washington dans la plupart des pays africains. Voilà qui interdit donc sa chasse et le commerce international de tout animal vivant ou mort, et surtout de son ivoire.

Mais dans quelques pays, on a considéré que les populations locales de pachydermes n’étaient pas menacées. Voire qu’elles exerçaient trop de pression sur des habitats naturels qui se réduisent comme peau de chagrin. Des habitats que les hommes colonisent au fur et à mesure de leurs besoins.

Dans ces pays-là, les éléphants ne sont pas classés à l’annexe I de la Convention, mais à l’annexe II. Ce classement autorise sous certaines conditions et quotas la chasse aux trophées et le commerce de leur ivoire. Ces pays sont au nombre de quatre : l’Afrique du Sud, le Botswana, la Namibie et le Zimbabwe. Une situation qui soulève de nombreuses protestations d’associations de protection animale. D’un côté certaines condamnent toute chasse. Pour d’autres, la vente autorisée des stocks d’ivoire que ces pays possèdent favorise le marché noir des défenses d‘éléphants. Et le braconnage de ces animaux pour l’alimenter.

Les safaris, signes extérieurs de richesse dans un pays en crise

Si les chefs de deux principaux partis espagnols, le PP et le PSOE, se sont abstenus de commenter officiellement, d’autres ont levé la voix. Ainsi, le Partido animalista a déclaré dans un communiqué qu’il « est inacceptable que le Roi Juan Carlos se déplace en Afrique pour chasser des éléphants alors que le Gouvernement impose l’austérité et que des coupes budgétaires soient adoptées qui rendent la vie des Espagnols chaque jour plus difficile. » Dans les communautés autonomes certains n’hésitent pas à demander un débat sur la légitimité aujourd’hui de la monarchie.

Les associations de protection animale espagnoles sont aussi montées au créneau. Aujourd’hui, une vingtaine de militants ont voulu manifester devant l’hôpital mais ils ont été repoussés un peu plus loin. Ils ont battu le pavé donc dans une rue adjacente. Sur le forum espagnol Actuable, une pétition circule qui demande la démission du Roi de son poste de président d’honneur de WWF/Espagne. Selon le site, elle a recueilli 79 763 signatures (mardi 17 avril à 23h22).

Le Roi devra-t-il démissionner du WWF ?

Le Roi Juan Carlos est président d’honneur depuis la fondation de l’organisation, en 1968 qui s’appelait à cette époque Adena. L’association WWF/Espagne interpelée par l’opinion publique à ce sujet a déclaré qu’elle avait envoyé une lettre à la Maison royale afin qu’une réunion soit organisée. « Ce regrettable événement est connu du monde entier, écrit WWF dans sa lettre, et nous recevons des manifestations incalculables de protestation énergique. Ce qui implique un grave préjudice pour la crédibilité de WWF et l’énorme travail qu’il a accompli depuis plus de cinquante ans pour la protection des éléphants et des autres espèces. »

Virginie Bhat



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