Les animaux entre ciel et terres sauvages

Le CEN Aquitaine veille sur les demoiselles


Mercredi 15 Octobre 2014


Les demoiselles et les libellules ne vont pas bien, leurs habitats pollués ou réduits comme peau de chagrin. Pour assurer leur protection, la France a lancé un plan d'actions national en faveur de ces odonates. Décliné dans les vingt-deux régions du territoire, c'est le CEN Aquitaine qui le pilote par ici.




Emergence de Onychogomphus forcipatus (Onychogomphe à pinces) présente sur l'Adour ©Gilles Bailleux/CEN Aquitaine
Emergence de Onychogomphus forcipatus (Onychogomphe à pinces) présente sur l'Adour ©Gilles Bailleux/CEN Aquitaine
En dépit de l’été indien, l’automne avance à petits pas. Dans les forêts, les glands tombent au fil des jours et sur la branche qui surplombe le Lamoulie, la demoiselle bleue, un Caloptéryx vierge, ne guette plus les insectes. Après avoir donné la vie, elle a trouvé la mort. A l’instar des autres membres de son ordre, les odonates, elle a assuré la pérennité de son espèce. Et ses enfants passeront l’hiver au chaud dans les eaux du ruisseau, à l’état larvaire. « Selon les espèces, elles peuvent rester à l’état larvaire entre un et cinq ans, souligne Gilles Bailleux, coordinateur du Plan régional d’actions pour les odonates. En fonction des conditions climatiques. Et les larves ont un développement en plusieurs stades. Elles peuvent muer entre dix à dix-sept fois avant de devenir adultes. »

Dix-huit libellules et demoiselles menacées d'extinction sont le sujet d'un plan d'action national

Les demoiselles et les libellules sont tour à tour proies et prédateurs ©V.B.
Les demoiselles et les libellules sont tour à tour proies et prédateurs ©V.B.
L’ordre des odonates regroupe deux sous-ordres, les demoiselles, dites zygoptères et les grosses libellules, dites anisoptères. Les unes et les autres, ailes aériennes, vivent autour des milieux aquatiques : mares, rus, rivières, marais et autres lacs et fleuves. Les unes aiment les eaux calmes, voire stagnantes. Les autres les vifs cours d’eau. « La présence des odonates est représentative de la qualité de leurs habitats. Donc de l’eau. Leur absence est un mauvais signe de la qualité de l’eau. »

Pollutions, aménagement des cours d’eau, assainissement des zones humides...l’habitat des odonates se réduit comme peau de chagrin ou s’altère. Et ce faisant menace ces insectes. Pas grave diront certains. Si ce n’est que les odonates sont acteurs de la biodiversité. Tour à tour proies et prédateurs.

« D’un côté, les odonates sont source de nourriture pour les vertébrés. Larves, ils attirent les poissons comme les truites ou les oiseaux comme les chevaliers, des limicoles, poursuit Gilles Bailleux. Adultes, les libellules et les demoiselles sont des proies pour les oiseaux, notamment les guêpiers, les bergeronnettes des ruisseaux. De l’autre côté, les odonates sont prédateurs de larves de moustiques, de têtards de petits poissons et autres invertébrés. »

Et c’est justement pour préserver cet équilibre de la nature que la France a mis en place en 2011 un plan d’actions national pour les odonates. Son objectif : l’évaluation et l’amélioration de l’état de conservation des dix-huit espèces d’odonates menacés dans l’Hexagone : Lestes macrostigma, Sympecma paedisca, Coenagrion caerulescens, Coenagrion lunulatum, Coenagrion mercuriale,Coenagrion ornatum, Nehalennia speciosa, Aeshna caerulea, Gomphus flavipes, Gomphus graslinii, Ophiogomphus cecilia, Lindenia tetraphylla, Macromia splendens, Oxygastra curtisii, Leucorrhinia albifrons,Leucorrhinia caudalis, Leucorrhinia pectoralis, Sympetrum depressiusculum. Le plan national qui s’étale sur cinq ans se décline par région. Et à chaque région, son plan régional d’actions.

En Aquitaine, le Conservatoire des espaces naturels pilote le plan régional en faveur des odonates

La Leucorrhine à large queue est une des trois espèces de leucorrhines présentes sur le massif forestier des Landes de Gascogne ©Gilles Bailleux/CEN Aquitaine
La Leucorrhine à large queue est une des trois espèces de leucorrhines présentes sur le massif forestier des Landes de Gascogne ©Gilles Bailleux/CEN Aquitaine
En Aquitaine, c’est le Conservatoire des espaces naturels que la DREAL a missionné pour le pilotage du plan. Un plan aquitain financé par un fonds FEDER de l’Union européenne (23%), par A'lienor (26%) par mesure compensatoire de l’autoroute A65 et l’agence de l'eau Adour-Garonne (51%).

Le plan régional d’actions comprend deux phases : une synthèse des connaissances régionales et un programme d’actions quinquennal suivant trois axes : l’amélioration des connaissances, la protection, la sensibilisation et l’animation du plan. Dans un premier temps donc, le CEN Aquitaine a dressé une synthèse des données sur les odonates dans la région, s’appuyant sur les observations des associations locales investies dans la conservation de la nature et autres réseaux d’observateurs. C’est ainsi qu’une première cartographie des demoiselles et des libellules aquitaines a été dessinée en 2012.

« La région abrite 70 espèces d'Odonates. Notre plan régional en cible douze espèces, dont huit sont protégées au niveau national et européen, détaille Gilles Bailleux. Dans le cadre de la seconde phase, nous avons ensuite amélioré nos connaissances afin de préciser les cartes de répartition de ces odonates et leurs habitats en Aquitaine. Ce qui nous a permis dans un second temps de prioriser des enjeux régionaux. Depuis l’an dernier, nous affinons nos prospections sur les trois espèces de leucorrhines : L. albifrons, L. caudalis et L. pectoralis. Outre le Gomphe à patte jaune sur l’Adour et le Cordulis splendide en Dordogne. Elles représentent de gros enjeux de conservation. »

Pour rassembler données nouvelles et anciennes, le CEN Aquitaine a confié à la LPO la réalisation d’un pré-atlas des odonates en Aquitaine. Pré-atlas à partir duquel les intervenants pourront définir une liste rouge de ces espèces.

L’année prochaine, dans le cadre des actions de protection, « nous mettrons en place des animations en direction des propriétaires fonciers afin de les sensibiliser sur la question des odonates et signer des conventions de gestion. Enfin troisième axe du programme d’actions : l’information et la sensibilisation du grand public avec des animations et des formations.  »

Virginie Bhat




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