Les animaux entre ciel et terres sauvages

La chouette aux yeux d'or a son plan d'action au Pays Basque


Mardi 12 Mars 2013


Le Pays Basque pourrait-il être un pays de Cocagne pour la chouette chevêche ? Depuis quelques années, Hegalaldia relâche ces petits rapaces aux yeux d'or sur la commune de Larressore. Le centre de sauvegarde de la faune sauvage a expliqué samedi dernier son plan d'actions locales pour favoriser cette espèce.




La chouette aux yeux d'or a suivi l'homme dans ses migrations agricoles ©Hegalaldia
La chouette aux yeux d'or a suivi l'homme dans ses migrations agricoles ©Hegalaldia
La chouette chevêche a une bonne tête, mais c’est une chipie » sourit Stephan Maury. Face à lui, quelques enfants et une vingtaine d’adultes sagement assis. Rires dans la salle Pelenia de Larressore. Au cœur de la réunion en ce samedi après-midi : ce petit rapace nocturne. Sur un écran blanc défilent les diapos. Aujourd’hui Hegalaldia fait un point sur le plan local d’actions qu’elle mène sur cette espèce.

« La chouette chevêche est une espèce de la nature ordinaire, explique Stephan. Elle aime les milieux ouverts et cultivés. Mais depuis une cinquantaine d’années, ses populations connaissent un déclin important : disparition des bocages, changements des pratiques agricoles... »

La chouette chevêche est un petit gabarit

Tous les rapaces nocturnes, ici une chouette effraie, ont les yeux fixes ©V.B
Tous les rapaces nocturnes, ici une chouette effraie, ont les yeux fixes ©V.B
C’est au Moyen-Âge que cette chouette aux yeux d’or aurait conquis l’Europe. Installée d’abord dans le bassin méditerranéen, elle aurait suivi l’homme dans ses migrations agricoles. L’homme qui aurait ouvert de vastes pans de forêts pour y installer ses champs et son bétail. Des milieux favorables à ce rapace appelé mozolo en Euskara. « L’activité agricole fait disparaître certaines espèces forestières mais en apparaissent d’autres ! »

La chouette chevêche est un petit gabarit : 22 centimètres. Un poids plume : 170 grammes environ. C’est le rapace nocturne le plus diurne : elle aime se dorer au soleil. Et si la nuit elle a raté sa proie, elle n’hésite pas à chasser de jour. C’est une chouette des campagnes et de leurs villages. En ville, c’est la chouette hulotte que les citadins entendent la nuit. Une espèce qui a même investi le jardin des Plantes à Paris ! « Comme tous les rapaces nocturnes, ses yeux sont fixes. C'est pourquoi elle tourne toujours sa tête pour voir ! »

La plupart des régions françaises où la chevêche vit lui ont donné un surnom, révélateur de ses us et coutumes : chouette des pierres en plaine de Crau ou chouette des pommiers en Normandie. On l’appelle tchot en Lozère, Pen Kaz en Bretagne, gliaudot en Moselle, jeanne en Creuse, cahouant en Picardie, tujat en Auvergne. Et chouette d’Athéna. Athéna, la déesse grecque de la guerre et de la sagesse dont la chouette a été l’attribut.

« Au Moyen-âge, on pensait qu’elle venait prendre l’âme des morts. En fait, le soir venu à la veillée, la lumière des maisons attirait les insectes dont l’oiseau est friand. Il arrivait à percuter les fenêtres pour les attraper ! Dans le Finistère nord, on lui coupait une aile et l’enfermait dans les granges pour qu’il en chasse les rongeurs. »

Les chouettes se noient dans les baignoires

Parfois les jeunes quittent le nid avant de savoir voler ©Hegalaldia
Parfois les jeunes quittent le nid avant de savoir voler ©Hegalaldia
L’hiver cédant la place au printemps, les couples de chevêche pensent à leur reproduction. Dès la mi-avril, les premiers œufs apparaissent dans les nids. Les couples n’ont bien souvent qu’une seule couvée. Dès le premier œuf pondu, la femelle couve. Seule : son mâle n’y met pas le bec. Moins de trente jours plus tard, les oisillons éclosent. Nus et aveugles. Sans leurs parents, c’est leur mort assurée. Père et mère élèvent leurs jeunes qui quitteront le nid parfois à l’âge d’un mois. Un peu tôt pour voler mais les adultes sont là qui nourriront les plus téméraires.

« Parfois les jeunes rapaces tombent du nid. Pour autant ils ne sont pas en danger, assure Stephan. Si vous trouvez ainsi un jeune, sachez que ses parents sont dans le coin et le nourriront. Eventuellement vous pouvez le hisser sur une branche d’arbre pour l’éloigner des prédateurs. Et au moindre doute, il vaut mieux nous appeler plutôt que de nous l’amener. Evidemment s’il n’est pas blessé ! » Dès que le printemps pointe son nez, le centre de soins accueille ainsi de jeunes oiseaux tombés du nid que des promeneurs ramassent. Geste généreux s’il en est. Mais il n’est pas toujours nécessaire.

Voilà quelques années, Hegalaldia a récupéré de nombreuses chouettes chevêches de Gironde. « Le centre de soins qui y est installé n’avait pas de volières à cette époque où les oiseaux pouvaient réapprendre à voler. Une fois ces rapaces aptes à reprendre leur vol, nous devions les relâcher. Alors nous avons commencé à chercher le territoire qui pouvait les accueillir. En fait nous ne savions pas où l’espèce était installée sur les Pyrénées-Atlantiques. Le Gopa, groupe ornithologique des Pyrénées et de l’Adour avait entamé une étude sur le Pays Basque et le Béarn.  »

Plusieurs populations de chevêches ont ainsi été détectées : Villefranque, St Pée sur Nivelle, Ustaritz, Anhaux, Garazi...et Larressore « où nous en avons relâché une trentaine. Toutes baguées. Quelques-unes ont été retrouvées écrasées sur les routes. La chouette chevêche a un vol très bas. De piquet en piquet. Les voitures la percutent facilement. Et les jeunes ne connaissent pas les dangers des réseaux routiers. »

Mais là ne sont pas les seules menaces qu’affrontent les rapaces. « Les baignoires utilisées comme abreuvoirs dans les champs peuvent poser des problèmes. Pleines d’eau, elles attirent les insectes dont les chouettes se nourrissent. Parfois elles tombent dans ces baignoires et s’y noient. Or une petite installation posée sur ces baignoires doit leur permettre de remonter : un peu de grillage et quelques morceaux de bois ! » Simple et pas cher.

Le Pays Basque, un pays de Cocagne pour la chevêche ?

Ce samedi, Hegalaldia a relâché deux chouettes effraies ©V.B
Ce samedi, Hegalaldia a relâché deux chouettes effraies ©V.B
« Nous savons qu’aujourd’hui Larressore abrite quatre ou cinq couples de chevêche. Le renforcement de la population permettra à terme de développer ce noyau. » Les jeunes chevêches une fois émancipées ne s’éloignent que de quelques kilomètres de leur lieu de naissance. Il faut éviter une consanguinité de cette population locale. Et peut-être un jour cette population fera-t-elle jonction avec celles de Garazi ?

Pour favoriser la conservation de la chouette aux yeux d’or, Hegalaldia a donc monté un plan local d’actions, bénévolement. Un programme décliné en trois actions : recenser et localiser l’espèce, favoriser l’espèce et enfin renforcer les populations. L’an dernier, le centre a uni ses efforts avec le Cpie Pays Basque. « Nous avons travaillé sur une affiche « Sauvons la chouette aux yeux d’or » et une plaquette d’informations à destination des agriculteurs. »

Et à chaque organisme un terrain circonscrit. Hegalaldia à Larressore, le Cpie Pays Basque sur Anhaux, Garazi... « Nous posons des nichoirs sur Larressore pour que les chevêches s’y installent. Ces nichoirs compensent la perte des cavités naturelles tels que les trous dans les murs de maisons, les arbres... Tous les nichoirs n’abriteront pas des nichées mais les chouettes parfois les utiliseront comme réservoirs de nourriture ou reposoirs ! »

Le Pays Basque est resté une terre d’accueil pour la chouette aux yeux d’or. Son agriculture a encore su conserver ses milieux ouverts, ses prairies et ses bocages. « Nous devons les maintenir. Et favoriser le développement de la chevêche sur notre territoire. C'est l'objectif du plan d'actions que Hegalaldia souhaite expliquer à tous les acteurs » conclut Stephan.



Virginie Bhat




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