Les animaux de nos mers et rivières

La baie de Pasaia entre deux ekos


Lundi 1 Novembre 2010


Les autorités portuaires de Pasaia au Gipuzkoa veulent quitter l'estuaire d'Oyarzun et créer un port sur la mer Cantabrique, au pied du Jaizkibel. Leur objectif économique est de doubler les activités portuaires et accroître ainsi les revenus. Le projet a provoqué de nombreux remous. Entre autres pour l'impact que les infrastructures auraient sur l'écologie locale.




Le port de Pasaia ©xoriburu.info
Le port de Pasaia ©xoriburu.info
Le port de Pasaia veut quitter sa baie. Trop à l’étroit dans cet estuaire de la rivière Oyarzun, arguent les autorités portuaires. On y accède par un chenal de 1200 mètres de long et de 80 mètres de largeur.

Les autorités veulent ainsi construire de nouvelles infrastructures extérieures au pied des falaises du Jaizkibel. Directement sur l’océan. Le projet, revu à la baisse en juin, demandera un investissement de 750 millions d’euros. Il s’étendra sur cent hectares gagnés sur la mer, protégé par une digue de 2 800 mètres. Le port aura la capacité de traiter à terme 12 millions de tonnes de marchandises. Soit deux fois plus qu’en 2003 qui fut une année record. Il pourra accueillir des bateaux plus grands… Et il veut participer au développement des autoroutes de la mer. Il veut être une porte grande ouverte sur le commerce des industries du Gipuzkoa. Le port actuel détruit, la baie de Pasaia bénéficierait d’un vaste plan de réhabilitation environnementale, urbanistique…


Le Jaizkibel abrite quelques élevages extensifs de chevaux, moutons... ©xoriburu.info
Le Jaizkibel abrite quelques élevages extensifs de chevaux, moutons... ©xoriburu.info
Le projet fait grincer des dents et soulève des polémiques dans certains milieux qu'ils soient associatifs, politiques… car il touche les falaises du Jaizkibel. Le Jaizkibel justement. Une petite montagne longée par la mer Cantabrique. Elle va du cap du Figuier à la baie de Pasaia. Son point le plus haut culmine à 540 mètres au-dessus de la mer où se jettent des falaises de plus de 250 mètres. Ses rivières alimentent en eau potable les populations de Lezo, Pasaia et Hondarribia. Quelques moutons, chevaux et vaches y paissent en élevage extensif. Quelques forêts de conifères… des landes, des tourbières. Sa végétation a été malmenée pendant de siècles, surtout par les incendies. Pas ou prou de résidences, le Jaizkibel a accueilli jusque dans les années 1980 des opérations militaires dans son fort.

Pour autant, cette montagne abrite encore des espèces animales et florales précieuses. Du côté flore, des trichomanes remarquables et des woodwardia radicants, espèces de fougères. Du côté des reptiles, un petit lézard de 40 centimètres du nom de Lacerta schreiberi. Enfin du côté des oiseaux, les goélands bruns y nidifient. On a signalé la présence même d’océanites tempêtes nulle part ailleurs en Gipuzkoa. Enfin le Jaizkibel est un lieu de passage d’oiseaux migrateurs tant terrestres que marins.


Coraux (Polycyathus muellerae). Izkiro, Jaizkibel, Pasaia. Août 2010 ©Oceana/ Félix Aguado.
Coraux (Polycyathus muellerae). Izkiro, Jaizkibel, Pasaia. Août 2010 ©Oceana/ Félix Aguado.
Les opposants au projet dénoncent ses effets néfastes sur l’environnement. Le Jaizkibel, jusqu’au pied de ses falaises, fait partie du réseau Natura 2000. Site d’importance communautaire, il est protégé. Reste que les eaux qui chaque jour le frappent ne le sont pas. Or une faune marine y vit bien. « Des coraux, des communautés d’éponges, d’importantes communautés d’algues ainsi qu’une grande variété de faune marine tel que les congres, les rascasses rouges, les anémones bijoux, les hérissons et les étoiles de mer, ne sont que quelques exemples d’espèces identifiées dans cette zone » ont analysé au cours d’explorations l’association Oceana et le conseil officiel des biologistes du pays basque, Cobe.

Les autorités portuaires, comme la loi l’exige, ont publié un rapport sur les impacts environnementaux des nouvelles infrastructures. Le document de 600 pages reconnaît qu’impacts environnementaux critiques il y aurait. Irréversible sur la faune et la flore marine. Une trentaine de mesures correctives pourraient certes les atténuer. Ce rapport publié au journal officiel espagnol début octobre, un délai de 45 jours court depuis pour sa consultation publique. Les organisations contre auront donc ce délai pour déposer leurs observations.

Oceana et le Cobe ont déjà leur opinion. La construction du port extérieur de Pasaia est incompatible avec la protection du site Natura 2000 de Jaizkibel, comme le souligne le rapport des autorités portuaires étudiant l’impact environnemental du projet.Leurs deux organisations vont même plus loin que s’y opposer, ils proposent la création d’un corridor écologique marin entre Biarritz et Saint-Sébastien. Corridor sur lequel les deux organisations ont été entendues par les autorités du Gipuzkoa.


Au pied des falaises du Jaizkibel, une guerre d'écos ©xoriburu.info
Au pied des falaises du Jaizkibel, une guerre d'écos ©xoriburu.info
« Le corridor écologique proposé par Oceana et le Cobe couvrirait environ 27 000 hectares marins et s’étendrait sur 35 kilomètres. Il représenterait un exemple de conservation transfrontalière puisque les 13 000 hectares face aux falaises de Jaizkibel et Ulia s’ajouteraient aux zones déjà proposées par le gouvernement français pour leur inclusion au réseau Natura 2000 entre Hendaye et Biarritz. Ce couloir serait crucial pour la protection de plus d’une centaine de communautés marines et près de mille espèces différentes dont certaines protégées telles que le marsouin, le grand dauphin, l’anguille, la lamproie, le mérou, l’éponge commune, le homard, etc. »

Les opposants ont fait une contre-proposition. Ils appellent au réaménagement du port actuel, la coopération avec les ports de Bilbao et de Bayonne, et la réhabilitation de la baie afin que les populations locales puissent en profiter. Pour eux, les deux sont compatibles. La réhabilitation de la baie n’est pas pendante d’un port extérieur. Les organisations, réunies autour de la plate-forme Jaizkibel Bizirik, ont lancé une pétition qui devra être remise aux autorités le 22 novembre prochain.


Ester Gran




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