Les animaux de nos villes et campagnes

Frelon asiatique : la bête noire des apiculteurs à Arbonne


Samedi 1 Décembre 2012


Le frelon asiatique poursuit son invasion au Pays Basque. A Arbonne, deux apiculteurs, Henri Bile et Jean-Jacques Diharce sont entrés en résistance. Pièges, captures au filet à papillons... Ils ont tué près de 38 000 frelons cette année pour protéger leurs abeilles. Un combat quotidien.




Frelon asiatique : la bête noire des apiculteurs à Arbonne
Le 22 octobre, j’en ai attrapé 1162 au filet, s’exclame l’apiculteur à Arbonne. Un par un. Parfois deux ou trois dans un même coup de filet... Toute la journée, nous nous sommes relayés dans le rucher.»

Quatre frelons asiatiques capturés en 2009, cinquante l'année suivante

Quatre ruches ont survécu au frelon cette année ©V.B
Quatre ruches ont survécu au frelon cette année ©V.B
Devant le silence des ruches, Henri Bile et Jean-Jacques Diharce semblent désemparés. Ou plutôt exténués. « Sur vingt ruches cette année, seules quatre ont résisté aux attaques de frelons, soupire Jean-Jacques Diharce. Survivront-elles maintenant à l’hiver ? Nous ne le saurons qu’au printemps ! Les ouvrières ne sont peut-être pas assez nombreuses pour sauver leur reine.  »

La reine des abeilles vit entre quatre et cinq ans. L’hiver est une saison critique car elle craint le froid. A l’intérieur de la ruche, ses ouvrières doivent maintenir une température de 30°C autour de sa royale personne si elles ne veulent pas la laisser trépasser. « Les ouvrières se pressent autour d’elle pour former une pelote de quelque quinze centimètres de diamètres environ. Elles maintiennent ainsi son corps au chaud. SI elles ne sont pas assez nombreuses, la pelote ne sera pas assez épaisse pour faire obstacle au froid. Leur reine mourra. »

La campagne basque s’apprête à s’enfoncer dans les frimas hivernaux. Les dernières pluies ont laminé les arbres de leurs feuilles. Leur cime dénudée laisse désormais apparaître les nids de la bête noire des apiculteurs : le frelon asiatique. L’animal est coriace et vorace. Et chaque année un peu plus. Les deux apiculteurs arbonars sont entrés en résistance en 2009 lorsque le frelon a entamé son invasion du Pays Basque. « Quatre cette année-là. Cinquante en 2010. L’an dernier, nous en avons tué 8356, égraine Jean-Jacques Diharce qui tient son journal de bord jour par jour. Nous pensions avoir atteint le summum.»

Henri Bile et Jean-Jacques Diharce ont capturé 37 379 frelons aisiatiques depuis le début de l'année

Henri Bile contrôle les pièges a grenadine posés tout autour des ruches ©V.B
Henri Bile contrôle les pièges a grenadine posés tout autour des ruches ©V.B
Ce printemps, les deux apiculteurs familiaux – ils préfèrent ce terme à celui d’amateurs – ont bien pensé que le fléau perdait son souffle. « Nous posons les pièges à cloche dès le 15 février pour capturer les femelles fécondées l’année précédente. A l’hiver ces femelles désertent le nid et se refugient sous terre, dans un arbre... Quand le printemps se profile, dès que les températures remontent, vers les 12°C, elles sortent. Elles ont faim. Elles ont besoin de sucre pour se refaire une santé. Nous avons attrapé la première tardivement : le 25 mars. »

Au fil des semaines, quelques frelons asiatiques tombent dans la grenadine des pièges qui les attendent. « 93 en mai. 27 en juin. A peine 27. Nous avons espéré que le danger s’éloignait enfin. »

Mais deux mois après les deux hommes ont déchanté. En août, ils ont attrapé 6934 frelons asiatiques dont 3869 au filet. « Au filet lorsque les frelons, en vol stationnaire, guettent les abeilles devant leur ruche. Les gardiennes restent sur la plage d’envol. Les butineuses ne sortent pas. Ils fondent sur elles, s’en saisissent et vont se percher sur une branche à côté. Là ils décapitent et démembrent leur proie. Et ils transportent son corps vers leur nid pour se nourrir et nourrir les larves. 80% de l’alimentation des larves est constitué d’abeilles ! ». Un frelon seul peut ainsi tuer 70 abeilles par jour.

L’automne n’a pas porté de coup d’arrêt à la prédation de l’ennemi juré. Bien au contraire : elle a redoublé. En septembre, Henri Bile et Jean-Jacques Diharce tuent 9255 frelons. En octobre, 12201. « A ce jour, nous sommes à 37379 captures cumulées depuis le début de l’année ! »

Les abeilles assurent 70% de la pollinisation des plantes

Piégeage, capture au filet à papillon, destruction des nids : les hommes ont trois armes pour contre-attaquer l'offensive su frelon asiatique ©V.B
Piégeage, capture au filet à papillon, destruction des nids : les hommes ont trois armes pour contre-attaquer l'offensive su frelon asiatique ©V.B
Contre leur prédateur, les abeilles n’ont aucune défense. Elles ne connaissent pas ce nouveau venu sur les terres européennes. « Ici, le frelon asiatique ne craint rien : il n’a pas de prédateur. Il peut poursuivre sans encombres son extension. Il avance de 100 km par an ! En Chine d’où le frelon asiatique est originaire, les abeilles organisent leur défense. Mais il ne faut pas espérer que nos abeilles y parviennent avant longtemps. Si elles y parviennent un jour. Il sera trop tard ! »

Les frelons provoquent de grosses pertes dans l’apiculture. Leur prédation provoque 40% de perte dans les ruchers familiaux et 5% chez les professionnels. Pourquoi cette différence ? Les ruches familiales restent souvent sur les mêmes terres alors que les apiculteurs professionnels qui possèdent au moins 200 ruches ont l’habitude de les déplacer au fur et à mesure des floraisons. Alors dès que la pression des frelons devient trop importante, ils transfèrent leurs ruchers ailleurs.

Piégeage, capture au vol, destruction des nids... Pour l’heure, les hommes n’ont pas d’armes fatales contre le frelon asiatiques. Et « Nos abeilles disparaissent, s’alarment les deux apiculteurs qui organisent leur défense du mieux qu’ils peuvent. Elles ont un champ d’action de 3 kilomètres et assurent 70% de la pollinisation des plantes. Les apiculteurs familiaux et professionnels assurent un maillage du territoire français. Si nos abeilles disparaissent, que va-t-il advenir de la flore ? Des vergers ? De l’agriculture ? D’autant que les frelons s’attaquent aussi aux autres insectes pollinisateurs ! »Rien qu’à Arbonne, deux autres apiculteurs ont baissé les bras.

Le frelon asiatique déclaré nuisible, les préfectures devront organiser la lutte

En quête de sucre, les frelons asiatiques s'attaquent aussi au raisin ©V.B
En quête de sucre, les frelons asiatiques s'attaquent aussi au raisin ©V.B
A l’instar des autres apiculteurs, Jean-Jacques Diharce et Henri Bile attendent un prochain arrêté ministériel qui déclarera le frelon asiatique nuisible. L’apiculture l’attend depuis huit ans maintenant ! Cet arrêté devrait être pris en décembre normalement. Les préfectures seront alors obligées de prendre des mesures de lutte. Les scientifiques travaillent sur des pièges sélectifs et des phéromones qui serviraient d’appât au seul frelon asiatique. »

Aujourd’hui, seules les collectivités locales ont avancé sur le terrain de la lutte contre le frelon asiatique. La Communauté Sud Pays Basque a décidé de prendre en charge entièrement la destruction des nids, même sur les propriétés privées. Elle a passé une convention avec deux entreprises qui interviennent ainsi sur un territoire donné. « Rien qu’à Arbonne, 30 nids ont été détruits. Il est bien dommage que d’autres collectivités ne proposent d’assumer qu’une partie des frais. Certains propriétaires privés n’ont pas les moyens de débourser le reste des frais pour détruire les nids. »

Le combat contre le frelon asiatique n'est pas seulement une affaire d'apiculteurs

Le frelon asiatique menace la nature répète Jean-Jacques Diharce ©V.B
Le frelon asiatique menace la nature répète Jean-Jacques Diharce ©V.B
Et Jean-Jacques Diharce de pointer du doigt l’action de deux communes. A Trélissac et Andernos. Les municipalités ont appelé leurs administrés à participer à la lutte contre le frelon. Elles ont distribué des pièges à qui le voulait bien pour capturer les femelles fécondées lorsqu’elles sortent de leur hibernation. Les habitants ont aussi tenu un registre de leurs prises. D’après les premières conclusions à Trélissac, il y a eu moins de nids signalés et/ou détruits sur la commune cette année qu’en 2011. En fait 15 contre 20 à 30 les saisons précédentes. Pour autant, les apiculteurs de la Dordogne ne constatent pas de recul de l’insecte exotique sur leur département.

« Le Muséum d’histoire naturelle n’est pas favorable à cette mesure : le piégeage des femelles fécondées au printemps. Je le sais bien. Selon le muséum, ces pièges entraineraient la destructions d’autres insectes. Mais les pièges que nous utilisons capturent surtout des frelons asiatiques. Des mouches et des papillons de fausses teignes. Des fausses teignes qui s’attaquent aussi à nos abeilles ! A Trélissac, la méthode semble bien pourtant fonctionner, poursuit Jean-Jacques Diharce. Ces pièges font au moins baisser la prédation des frelons sur nos abeilles !  »

Cet hiver, les belligérants, hommes et insectes, enterreront la hache de guerre. La nature se repose. Au printemps prochain, Jean-Jacques Diharce et Henri Bile auront-ils l’énergie de reprendre leur chemin de croix contre leur ennemi, si leurs quatre ruches survivent à l’hiver ? « La population doit comprendre que le frelon asiatique est un fléau pour tous. Pas seulement pour les apiculteurs et les abeilles. Elle doit se mobiliser pour faire barrage à son invasion. Il faut qu’elle nous aide à piéger au printemps et qu’elle tienne un registre de ses captures. Ces registres nous éclaireront sur l’évolution du frelon asiatique.  »

Virginie Bhat




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1.Posté par Bile Joël le 20/01/2015 17:41
On vous soutient !!! Continuez le combat, puissent tous les apiculteurs prendre exemple sur vous.!

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