Eko-société

Amériques : on achève aussi les chevaux


Jeudi 13 Mars 2014


La viande de cheval ne cesse de défrayer nos chroniques. Après la série de scandales l'an dernier, ce sont les souffrances des chevaux américains dont la viande est importée en France, en Belgique ou en Suisse et vendue en supermarché. Quatre associations de protection animale européennes ont remonté la filière. Effrayant.




La France importe 60% de son consommation de viande chevaline du continent américain ©V.B.
La France importe 60% de son consommation de viande chevaline du continent américain ©V.B.
Où sont nés les chevaux dont la France consomme la viande ? Six sur dix d'entre eux outre-Atlantique, sur le continent américain : aux Etats-Unis, au Canada, en Argentine ou en Uruguay. Chevaux de loisirs, chevaux de course, chevaux de travail... Trop vieux, blessés, malades, ils sont vendus aux enchères. Ils ne valent pas cher : 9 dollars l'animal aux Etats-Unis !

Les chevaux avalent des centaines de kilomètres, sans eau ni nourriture

Cinq associations de protection animale ont voulu en savoir un peu plus sur les conditions dans lesquelles ces chevaux étaient transportés jusqu'aux abattoirs locaux. L214 en France, Tierschutzbund Zürich (TSB/
AWF) en Suisse, Animals Angels’ USA aux Etas-Unis, GAIA en Belgique, Eyes on Animals aux Pays-Bas ont envoyé des équipes aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique, en Uruguay et en Argentine et suivre ces filières entre 2012 et 2013.

Leur enquête est plutôt effrayante ! Leur montage vidéo édifiant. Leurs photos terribles. A nord comme au sud du continent.Bien loin des déclarations des importateurs de viande chevaline, « relayées par les supermarchés, concernant le bien-être des animaux et la protection des consommateurs  ».

Aux Etats-Unis, les chevaux dont les propriétaires ne veulent plus sont vendus aux enchères. 9 dollars la bête. Parce que la loi américaine, sous la pression des associations de protection animale, interdit leur abattage pour la consommation humaine, les animaux sont acheminés, les uns vers le Canada, les autres vers le Mexique.

Rassemblés sur des marchés, les hommes les enfournent dans des camions sans ménagement. Le départ vers les abattoirs à des centaines de kilomètres de là. Des camions de transport inadaptés, sans eau, ni nourriture, ni halte, ils avalent les distances. Jusqu'aux lieux de leur mort programmée.

Les normes de bien-être animal ne sont pas les mêmes en Europe et Outre Atlantique

Et là, second enfer dans l'attente de leur mort programmée. Rassemblés dans de vastes enclos, ils attendent. Certains engraissés jusqu'à plus faim. Dans le froid au nord, sous le soleil au sud. Sans abri... Les scènes en Argentine ou Uruguay constatées par les associations sont aussi terribles. Plaies ouvertes, yeux crevés, boiteries, membres démis...

L'Union européenne exige toit et ventilation des camions de transports sur son territoire (1). Elle impose eau et nourriture toutes les huit heures, un temps maximal de 24 heures avant déchargement. Des stalles individuelles et séparation des chevaux dans les véhicules. Des standards de bien-être minimaux que ni les Etats-Unis, ni le Canada, ni l'Argentine, ni le Mexique ou l'Uruguay n'exigent selon les associations !

Mieux, « les standards en vigueur en UE, notamment pendant le transport, ne sont pas exigés dans les pays tiers. Si, pour exporter, un abattoir doit être agréé et appliquer la réglementation européenne, il n’est rien exigé concernant le transport » dénonce le rapport d'enquête des ong.

En dépit de leur certification, les abattoirs du continent américain ne respectent pas les normes

Si les abattoirs doivent être certifiés par les autorités européennes pour exporter vers son territoire de la viande chevaline, ils ne respectent pas toujours les normes minimales en matière de santé animale, de sécurité alimentaire et de protection des animaux.

Au Mexique, « de nombreuses violations des exigences ont été constatées dans les abattoirs mexicains (manque d’abris pour la plupart des chevaux, pas de mise à mort d’urgence, des planchers glissants, des manipulations violentes, etc.). Lors de notre visite, un cheval à terre était abandonné sans surveillance ni soin au lieu d’être pris en charge par un vétérinaire. Les enquêteurs ont découvert une fosse proche de l’abattoir où de nombreux chevaux morts ont été jetés. Aucun impact de balle n’était visible, ce qui signifie les chevaux n’avaient pas été euthanasiés. À l’abattoir d’Aguascalientes, nos enquêteurs ont constaté le déchargement de chevaux affaiblis, dont certains étaient gravement émaciés. Les chevaux ont été déchargés dans un enclos sans nourriture, ni eau, ni abri. »

Certains chevaux ont reçu du phénylbutazone, substance dangereuse

Et si la maltraitance des chevaux n'était pas suffisante à convaincre le consommateur européen à exiger la fin de cette souffrance, les associations dénoncent les dangers sanitaires : « l'utilisation de phénylbutazone ou d'autres substances dangereuses interdites dans l'UE est courante. Dans plusieurs de ces pays, la phénylbutazone est en vente libre, les contrôles vétérinaires sporadiques, les registres inexistants ou non fiables. Plusieurs chevaux ayant reçu de la phénylbutazone ont été tracés jusque dans les abattoirs canadiens. »

Les ong en appellent donc aux grandes enseignes alimentaires européennes pour qu'elles cessent de s'approvisionner auprès de ces filières. « Nous demandons aux grandes surfaces de cesser de commercialiser de la viande de chevaux en provenance des Amériques. L’importation de viande de cheval contribue à maintenir le système en place et à faire subir aux animaux des traitements cruels, d'ailleurs illégaux en Europe. » déclare Brigitte Gothière, porte-parole de L214.

Quelles réponses apporteront les grands distributeurs français, allemands... ? Vont-ils exiger de leurs fournisseurs la mise en place de normes de bien-être ? A moins qu'ils ne se retournent vers les marchés purement européens ? Et les autorités françaises ou européennes réagiront-elles à ce nouveau scandale ?

Une chose est sure : les consommateurs ont aussi leur mot à dire dans le choix de leur alimentation...

(1) En Europe, le transport des animaux est encadré par le règlement 1/2005

Virginie Bhat




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